LE FIL D’OR – Vagues intérieures de doula

Accompagner, c’est d’abord s’offrir la bienveillance, la patience et la clarté à soi-même. Accompagner, c’est se caler dans tout ce que nous, doulas, pouvons vivre, avec humilité et douceur.

Je vous invite dans le tissage d’un lien d’or avec une famille, avec le dévoilement de vagues intérieures qui peuvent simplement se vivre en nous lorsque l’on accompagne. Bien loin de la performance, des choses à prouver, de la prise de pouvoir.

Texte rédigé dans le cadre de la transmission des formations pour doulas du Centre Pleine Lune.

Petit matin ensoleillé….j’ai des offrandes, j’ai le cœur gonflé d’une tendresse toute neuve. Je partirai rejoindre la famille qui m’a ouvert leur porte et qui m’a ouvert le cœur. Bébé est né, des jours ont passé, c’est aujourd’hui que se boucle cette boucle d’oreille et d’amitié.

Je me souviens…..

Du premier appel; une voix pétillante qui m’annonce vouloir être accompagnée.

Dans mon espace à moi, je souris, je gambade et j’ai peur aussi. Vais-je être assez ? Qu’attend de moi cette famille ? Saurais-je être la bonne personne pour eux ? Vais-je pouvoir répondre à toutes leurs questions ? De quoi serai-je témoin lors de la naissance ? Et si les parents m’en voulaient si cette journée tant attendue les décevait ? J’aimerais que grâce à moi… ceci ou cela ou mieux ou moins pire…..

Je respire, je souris. Je jette un regard amusé sur ces pensées qui pétillent et s’embrouillent, leur promets de m’en occuper plus tard, et j’écoute. Pourquoi ces parents veulent-ils être accompagnés ?

Nous prévoyons nous rencontrer une première fois, pour savoir….savoir si on s’aime. Je me prépare, j’ai des petits papiers pour eux, mais surtout je me prépare le cœur. C’est une nouvelle aventure….ce n’est pas la mienne mais je sais qu’elle résonnera, mon histoire. Je pare mon cœur de mille lumières, il est chaud, il palpite, prêt à recevoir ce que cette famille m’apprendra…au-delà des mots et des questions…. Je sais que c’est de cœur à cœur qu’on se choisit.

Je n’ai pas à tout savoir, je ne peux rien leur promettre, je peux juste être là. Et sourire à mes pensées quand elles s’emballent. Et revenir dans mon cœur. Je respire, je souris.

Je quitte la famille dans l’attente de leur réponse; est-ce que je marcherai à leurs côtés ? Je ne sais pas. Je reprends ma vie, mon espace à moi; j’échange avec mes collègues, j’écris, je bouge, je lis, j’apprends, et puis il y a la vie autour qui continue…. Je prends le temps de m’assurer de bien vouloir, moi, être leur doula…. Je sens comme un fil qui me relie à eux, oui, je les aime. Je raconte, à d’autres, mes histoires, je les nomme encore, et encore, les célèbre et les pleure…je veux les laver et pouvoir être présente pour ceux que j’accompagnerai…peut-être. Et un soir, cadeau ! Les parents veulent que je les accompagne.

Une tendre fierté m’habite, je savoure le privilège… je suis invitée à une naissance ! Naissance de cette famille. Au fil des semaines, des rencontres, des appels, des écrits, des regards, des silences, je sens que se tisse ce petit fil d’or entre nous….gorgé d’amour, ténu et fort à la fois….

Je les vois si forts et parfois apeurés. Je les vois s’aimer et avoir besoin d’être rassurés sur leur compétences aussi. Je les invite au contact avec leur corps, leur souffle, leur bébé, leur cœur, leurs besoins…j’invite. Sans attentes. Je les vois s’imaginer…. S’imaginer une naissance idéale, ou rester habités par de grandes frousses, je les vois réaliser que la naissance n’est pas que douleur, qu’ils pourront être acteurs de leur histoire, que ce sera grâce à leur amour que leur bébé naîtra. Je transmets…mets des mots sur les merveilles du corps, sur les réalités du milieu où naîtra leur bébé, sur les choix qu’ils pourront faire. Et toujours, toujours, je sens que je marche sur une fine ligne. Chaque mot doit ouvrir, chaque phrase doit leur dire : ‘on ne sait pas….et j’ai confiance en toi’

On ne sait pas quand ni comment bébé arrivera. On ne sait pas comment tu vivras ton expérience…on ne sait pas qui est ce bébé…mais j’ai confiance en toi.

Je sais de quel milieu les parents sont entourés; parfois, ils me racontent ce qui leur est dit par leurs proches, les soignants…parfois, je suis réconfortée. Parfois, je suis en colère. Inquiète. Ça, c’est mon petit paquet, à moi, je sais que je devrai m’en occuper. Mais d’abord, j’écoute. Attentive à ne pas tenter de deviner, présumer… je demande. J’écoute. Je sens entre mes doigts le fil d’or qui toujours me permet de revenir à eux.

Au fil des semaines, bébé grandit et puis un jour, tout est prêt : bébé, sac de doula, mille et un plans de sauvetage pour que ma vie puisse tourner sans moi quelques heures…. J’attends. Parfois mes idées s’emballent et j’ai peur : peur de manquer l’appel, peur que la naissance se passe au mauvais moment pour moi, peur des peurs des parents, peur d’être fatiguée, peur du milieu médical, peur de ne pas savoir quoi faire, peur d’être mal accueillie, peur…..

Je respire, je souris. Je ne sais pas. Je ne sais rien. C’est comme ça. Je dis aux femmes qu’elles peuvent se laisser traverser par la naissance…. Je me le dis à moi aussi. Je peux me laisser traverser par la vie……

Je pars. Je ne sais pas pour combien de temps, je ne sais pas…. Je chante. Je prends une minute pour écouter le vent….l’eau….devenir le vent….respirer…je sais que je plonge dans une expérience profonde. Je sais que c’est dans LA vie que je pars. J’oublie la mienne, ma vie; je les rejoins. Le cœur gorgé d’amour tout chaud. Je suis heureuse d’être avec eux, et je veux que tout le monde le sache ! Je laisse déborder mon cœur; je veux que l’amour jaillisse de mes yeux, de mes mains, de mon souffle. L’amour, c’est tout. C’est tout. ….

C’est avec l’amour que je peux soutenir. Avec l’amour que je peux accueillir les doutes, les larmes. Avec l’amour que je suis témoin des mots que cette personne murmure à son bébé….et de la force infinie qu’elle en retire, et qui la fait continuer…. Avec l’amour aussi que j’accueille ses limites. Avec l’amour que je respire quand le stress pointe son nez crochu. Avec l’amour que je rassure, d’un regard, l’autre parent aimant. Vulnérable, inquiet, impressionné, tendre, confiant ou ému.. Avec l’amour que je fais un clin d’œil aux soignant.e.s quand ‘ça pousse’. Avec l’amour que je nomme les désirs des parents. Avec l’amour que je laisse la place à chacun.e, que je reste discrète, vigilante. Avec l’amour que je sais que ce bébé naîtra, mais que je ne sais rien d’autre. Avec l’amour que je le vois…naître…..avec l’amour que je laisse la vague d’émotion me happer, me bercer aussi, au premier souffle de bébé……avec l’amour que je sens que tout se dépose, moi aussi…avec l’amour que je veille, je nourris, j’abreuve.

Avec l’amour que le fil s’est tissé encore un peu. C’est tout.

Quelques heures après la naissance, je sens que toute la famille glisse doucement vers le repos. Je me retire. Je vais me reposer, me soigner peut-être, déposer à l’oreille des personnes en qui j’ai confiance mon vécu à moi, l’écrire, le chanter, le courir…je sais que je porte beaucoup. Je dois déposer. Rendre à la vie ce qui lui appartient. On se parle dans les jours suivants, et puis….

C’est aujourd’hui ma dernière visite chez eux. Je suis emplie de tendresse et d’apaisement….la vie continue… je repense à leur histoire, à ce que j’ai envie d’honorer. Car chaque naissance bouleverse tout, amène des vagues de courage, de force, d’amour…c’est ça que j’ai envie d’honorer. Je veux les entendre aussi…. Entendre leur histoire, leurs joies et leurs doutes. Je sais que je me prépare à être accueillie dans un cocon fragile, dense, saturé d’émotions…je respire, je souris. Surtout, laisser toute la place à leur histoire. La mienne, celle que je me suis racontée pendant la naissance, elle m’appartient. Je me raccroche un peu encore à ce petit fil doré qui me semble maintenant beaucoup plus solide…notre lien.

On célèbre. Le bébé, la beauté de cette famille, l’intensité des jours qui ont passé, leurs compétences…les parents rient, pleurent, racontent…et bébé est là. Je vois la transformation, la croissance, l’éclosion dans leurs regards…

Je sais qu’ils sont fatigués..après une heure ou deux, je le sens, je dois me retirer. C’est avec émotion que je les laisse. Je sens qu’une boucle en cœur se boucle. Je sais qu’ils marcheront leur chemin, que je ne suis pas essentielle, qu’ils m’ont simplement offert la chance d’être un de leurs appuis. J’ai confiance…ils trouveront leur couleur et leurs pieds seront un jour sur un sol plus stable.  Les liens se tissent entre eux; leur fil d’or, il est bien à eux…. J’en conserverai toujours la couleur dans mon cœur, je peux le leur laisser.

J’ai parfois des souvenirs…. Je leur laisse la place. J’ai pu être en colère, avoir peur pour eux, être irritée, douté d’avoir fait la bonne chose ou dit la bonne parole…je sais que je suis doula pour adoucir les naissances. Et peut-être cette naissance n’a pas été douce, tout-à-fait douce…je cherche alors à donner un sens. Je cherche un espace pour réfléchir aux pratiques. Je cherche un espace de dialogue. Je cherche un espace de construction… c’est un autre espace de ma pratique. Si je sens l’énergie de la lionne…je sais que je peux joindre d’autres êtres, marcher le chemin de l’éducation, de la militance…entourée, portée par les réflexions et les actions des personnes autour de moi, nourrie par les idées semblables ou contraires aux miennes. Je trouve cet espace et je laisse monter en moi les actions que je pourrais faire…je laisse mijoter.

Puis, un appel; une voix qui m’annonce vouloir être accompagnée.

Je respire, je souris. Je jette un regard amusé sur mes pensées qui pétillent et s’embrouillent, leur promets de m’en occuper plus tard, et j’écoute. Pourquoi ces parents veulent-ils être accompagnés ?

Je sens le début d’un tout petit fil, je n’en connais pas encore la couleur ni ne sait la forme qu’il prendra…je le sens doux. Je respire, et souris.

EST-CE QUE JE VAIS DÉRANGER SI JE N’ACCEPTE PAS TOUT ?

‘Ok, alors tout n’est pas obligatoire ? Et si je refuse ce qui m’est proposé, est-ce que je vais déranger ? Est-ce que je serai écouté.e si je demande qu’on ne me parle pas trop ? Qu’on me laisse pousser librement? ’

‘ Est-ce que ta présence comme doula va créer des conflits autour de nous pendant la naissance ?’

Je sais, pour l’avoir vu et entendu des milliers de fois, que ces peurs sont fréquentes chez les parents qui songent à leur expérience de naissance à venir. Particulièrement chez les femmes et personnes enceintes.

Mais est-ce vraiment normal qu’iels craignent autant de déranger si des questions sont posées, si iels prennent du temps pour participer aux décisions qui les concerne, ainsi que leur bébé, intimement ? Est-ce vraiment normal qu’iels craignent de recevoir de moins bons soins, de créer des conflits, que les choses leur soient imposées (en-dehors d’une urgence vitale) ?

Oui, c’est normal. Définition de la normalité, Larousse : ‘État, caractère de ce qui est conforme à la norme, à ce qui est considéré comme l’état normal’

C’est conforme à la norme de ne pas vouloir créer de conflit. C’est normal car les parents sentent bien que lors de la naissance, leur besoin serait de pouvoir simplement se sentir assez en sécurité pour s’abandonner aux processus, entourés de personnes de confiance qui les comprennent et les soutiennent, leur faisant confiance. Pas de devoir se battre. On ne se bat pas quand on accouche, on accouche et c’est déjà assez.

C’est conforme à la norme car la socialisation (des filles et des femmes particulièrement, mais pas que) a depuis longtemps visé à faire grandir des personnes douces, gentilles, propres et polies, au service de l’autre. Qui acceptent, qui s’adaptent, parfois même à l’inacceptable, qui se contentent de miettes.

« Demandez ce dont vous avez besoin. Dites votre vérité. Ces choses ne sont pas un luxe, elles sont vitales. » – Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups.

C’est conforme à la norme pour certain.e.s  car plusieurs on grandit en développant des réactions au stress (utiles dans plusieurs moments de leur vie) qui les auront amenés à se taire, ou à se faire tout.e petit.e, pour ne pas envenimer la situation.

C’est conforme à la norme car d’autres auront plutôt appris que la lutte, l’agressivité était le meilleur chemin en situation de stress.

« Dire ce que l’on voit, ce que l’on sait, ce dont on a besoin, sans hurler ni chuchoter, c’est agir avec force et intégrité. » – Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups.

C’est conforme à la norme, mais EST-CE ACCEPTABLE ?

Est-ce acceptable de savoir, comme je le sais pour avoir côtoyer des milliers de familles, que plusieurs n’oseront pas s’affirmer, ou ne sauront pas comment le faire ? S’affirmer simplement dans leurs besoins physiques, dans leurs besoins émotifs parfaitement normaux ?

Est-ce acceptable de savoir que la peur d’être mal reçus, incompris, qu’on leur impose des choses ou de décevoir puisse les amener à se contenter de miettes, accepter des propositions qui n’auront peut-être pas de sens à leurs yeux, qui leur feront peur ou même qui pourraient réveiller des mémoires traumatiques ?

Est-ce acceptable que des parents engagés, curieux, responsables créent parfois une impression d’indocilité ou de sabotage ?

Est-ce acceptable, alors que les textes de toutes les instances de santé notent l’importance du processus de choix libres et éclairés dans le parcours des personnes qui fréquentent les milieux de soins ?

(voir l’objectif 1.2 Faire du choix éclairé la norme dans l’ensemble des soins et services du Plan d’action en périnatalité et petite enfance 2023-2028)

Le rôle des doulas :

  • Écouter ces peurs
  • Proposer des réflexions sur la légitimité des besoins des parents, en lien avec la physiologie de la naissance
  • Insister sur l’importance de la qualité de leur expérience globale, et sur leurs droits. (Droits et grossesse au Québec – Les principaux droits)
  • Permettre aux parents de réfléchir à leurs besoins, et de moyens d’y répondre
  • Leur proposer de petits pas : jouer à écouter ce qui se passe en eux. Jouer à mettre des mots là-dessus. Jouer à se nommer. Jouer à se détacher des réactions autour.
  • Favoriser le dialogue entre les parents et leur équipe de soins, en nommant des informations que les parents peuvent aller chercher
  • CONNAÎTRE L’HISTOIRE de la famille, les sensibilités et mécanismes de réaction au stress des parents, pour comprendre leurs attentes
  • Accompagner les parents à nommer clairement leurs besoins dans leur projet de naissance
  • Porter, simplement, leur parole auprès de l’équipe autour d’eux pendant la naissance
  • Être absolument convaincu.e que les parents sont intelligents, seuls experts de leur situation et les soutenir inconditionnellement dans leurs choix.

Il est grandement temps que l’absolue priorité de toute notre société soit de prendre soin de l’expérience globale des familles. De rendre à la naissance sa profondeur et son aspect absolument fondateur au niveau de l’identité de chaque membre de la famille. D’assumer les impacts de l’expérience des parents sur la naissance des familles, et donc sur la floraison des prochaines générations.

LES DOULAS FONT PARTIE DE LA SOLUTION.

#jamais sans ma doula

LES LENDEMAINS DE NAISSANCE

LES LENDEMAINS DE NAISSANCE 

❤️

C’est toujours incroyable.
Voir la vie.
Plonger si profondément au cœur de l’intuition, de la communication subtile.
Avoir été à l’affût de tant de choses….
Percevoir les petits changements dans le souffle, le son, la chaleur, l’odeur, les regards, le mouvement.
Sentir, parce qu’on se connaît, s’il faut s’éloigner, ou s’approcher, devenir filet de sécurité ou envolée.
Et laisser un murmure, une expiration, une parole, une main, ou une proposition … ou le silence si plein de présence répondre. Réagir ou pas. Nommer ou pas.
Sentir le temps ‘s’élasticiser’: le silence d’une seconde devenir éternité, le retrait d’une vague rouler longtemps, la montée d’une autre comme un éclatement fulgurant.
Contraction, repos.

Connaître les parents et laisser monter parfois un mot, focuser sur un détail, valser avec eux, sans savoir où on va. Saisir leur regard quand ils cherchent; ça va. C’est normal. Vous le faites. Et c’est beau. Et c’est fort.

Supporter l’inconfort. Et continuer d’y croire. Savoir profondément qu’avec du temps, elle trouvera. La vie. Son chemin.

Veiller. Abreuver. Rafraîchir, réchauffer. Reculer. Contenir. Aimer.

Sentir quand l’immensité devient si folle qu’il ne reste plus qu’à se laisser glisser. Percevoir l’appel qui invite celle qui accouche à observer ce qui se passe en elle. Veiller. Parfois, placer une main et sentir que, My God, ça avance si vite….

Mais ne pas vraiment savoir, au fond.
Titiller le mystère, avoir parfois envie de le percer.
Continuer d’y croire et se laisser transporter de joie quand tout bascule, quand ça accélère, quand l’eau l’emporte, quand ça glisse, ça tourbillonne, ça s’envole…. QUAND LA NAISSANCE SE PASSE !!!!

Silence. Souffle. Air. Chaleur. Retrait. Nourrir.

LES LENDEMAINS DE NAISSANCE: rassembler tendrement ses propres frontières, s’en envelopper doucement, ressentir ses contours, se couvrir le cœur, intégrer, remercier.

#viededoula

ACCOMPAGNER LA VULNÉRABILITÉ- au-delà de l’éducation

Changer de peau, voir son identité éclater, être très profondément préoccupé.e par la santé (voire la survie) de son bébé, devoir naviguer avec le grand inconnu de la vie qui s’écrit sans pouvoir la diriger ou la contrôler, avoir infusé des peurs archaïques et culturelles d’éclatement, de mort, de n’être pas un bon parent…. C’est un raz-de-marée qui se lève dès que la présence de bébé dans sa maison-bedon est confirmée ou pressentie.

Les expériences passées pointent leur nez : sécurisantes, ambivalentes ou traumatisantes, elles insistent souvent pour teinter la réalité intérieure des parents autour de l’arrivée d’un bébé.

Dans nos sociétés ou depuis la tendre enfance, on apprend à se mouler et à planifier, contrôler, appréhender une naissance peut amener les parents sur un terrain mouvant et glissant. Car s’il est bien une expérience que l’on ne peut mouler à quelque boîte que ce soit, c’est bien la naissance.

Devant tant de mystère, le réflexe pour plusieurs est de revenir à ce que l’on connaît : appliquer une méthode, accumuler des informations, écouter des consignes, nourrir ce cerveau hyper-performant assoiffé d’informations, pour calmer l’anxiété. Avoir l’impression de contrôler. Comprendre le fonctionnement du corps, les étapes d’une naissance, fuir les pensées ‘négatives’. On entend souvent des recettes : grâce à telle ou telle préparation, tu accoucheras de telle ou telle façon. Méthode, résultat. Très rassurant.

Une des facettes de l’accompagnement à la naissance est en effet la transmission : c’est qu’on a quelques siècles de mythes à détricoter. Il est sain, dans une nouvelle expérience, de comprendre ce qui se joue. Je suis de ces doulas éducatrices, fondamentalement convaincue que savoir, c’est pouvoir choisir.

Mais il y a un grand mais. La seule information théorique ne suffit pas. Parce que la naissance, c’est un immense mystère joué par plusieurs personnages, qui entreront en scène ou pas, à un moment ou un autre.

Le bébé est un personnage principal de l’histoire. Il a son vécu, ses besoins, son interprétation de l’expérience. Il fera son chemin, son petit déménagement de l’intérieur à l’extérieur, à sa manière : il hésitera peut-être, plongera peut-être, aidé de ses réflexes. Il jouera une naissance extra-rapide ou truffée de doutes, ou de grandes frousses. C’est son histoire. Et malheureusement, il n’enverra pas de mémo l’avance pour nous expliquer sa planification.

La peur, les limites sont aussi un des personnages principaux. Elles influenceront la mollesse du corps et du cœur, cette mollesse qui laisse la place à la naissance.

Toute la préparation intellectuelle du monde ne pourra empêcher le grand tsunami. Elle favorisera les choses, elle permettra aux parents de faire leurs choix, idéalement aussi d’apprendre à mieux se connaître et nommer leurs besoins. Elle est essentielle, mais n’est pas une finalité. Le chemin de l’accompagnement est beaucoup plus large.

Nous, les doulas, avons à savoir embrasser les paradoxes, les contradictions, les explorations, les hésitations, les limites des personnes que nous accompagnons. Par notre ouverture, surtout ne pas donner aux parents l’impression de devoir performer devant nous.

Après l’information, vient le temps de l’infusion. Car c’est bien une expérience humaine que nous accompagnons. Avoir le privilège d’accompagner un changement de peau si rapide et intense, c’est aussi savoir que les personnes sont les seules capables de choisir quand, comment, jusqu’où elles iront. C’est savoir que le passage de la naissance est une occasion fantastique de croissance (qui se fait rarement sans perdre des plumes pour en gagner d’autres), et que peu importe le chemin, des bijoux d’apprentissage en naîtront. Chemin que l’on souhaite évidemment positif, joyeux même si intense, fondateur.

L’ ouverture du cœur devient primordiale.

Cette démarche d’accueil sans attentes, de profond respect du chemin de chacun.e demande une attention profonde à l’autre. Et d’abord, et surtout, cette même attention envers nous-mêmes. Car, comment accueillir l’autre dans sa vulnérabilité, ses paradoxes, ses limites si nous n’embrassons pas les nôtres ? Comment offrir ce profond respect du passage de l’autre si nous sommes encore envahi.e.s par nos peurs ou convaincues de connaître la voie à suivre ? Comment tolérer les zones fragiles chez l’autre si nous nous plaçons en expert.e ?

Je pose donc ici l’idée qui peut déranger : éduquer, ce n’est pas accompagner. Il y a un temps pour chaque chose. Accompagner, c’est marcher à côté. Prendre le temps d’accueillir, soutenir inconditionnellement. Être là, présent.e, simplement, toujours. Prendre le temps de nourrir un lien complice, contenant, qui au jour de la naissance sera le socle fondamental sur lequel s’appuyer. Ce lien sécurisant qui favorisera l’abandon, quoi qu’il se passe.

Être doula, ce n’est pas seulement transmettre de l’information. Être doula, c’est transmettre mais surtout écouter. Être doula, c’est être présente pendant plusieurs mois dans la vie des familles, incluant au jour de la naissance. Être doula, c’est être témoin de la floraison d’une famille : les couleurs, le rythme, la fluidité, les défis de la floraison seront uniques à chaque fois. La naissance, comme la vie, est au-dessus de toute méthode. Et c’est bien ce qui est magique.

🩷LES DOULAS, CES CHUCHOTEUSES DE DOUCEUR…. 🩷

Confidences: je vous partage 2 situations vécues au coeur de naissances pendant lesquelles beaucoup d’inquiétudes se sont présentées.
2 situations pendant lesquelles, devant le chaos, les craintes, l’imprévisible, la seule chose à faire a été de maintenir le lien entre la personne qui enfantait et son bébé.
2 situations qui, selon les témoignages des personnes concernées, de simples mots doux les invitant à rester avec leur bébé sont restés comme des bouées, des moments pendant lesquels elles ont eu l’impression de moins perdre pied. L’impression de jouer leur rôle.
2 situations nommées par ces personnes dans les facteurs qui ont adouci leur expérience, peut-être diminué la détresse ressentie.

🌸Je vous en parle car je pense que ce qui permet cela, c’est d’abord la continuité dans le lien entre le.s parent.s et leur doula; c’est parce qu’on se choisit, qu’on se connaît et se fait confiance que les bons mots peuvent monter au bon moment.
🌸Et puis, c’est lorsque la doula est présente physiquement pendant la naissance que c’est possible.

Chuchoter à l’oreille quand tout dérape, se caler dans la confiance, valoriser les compétences des parents même si la situation est inquiétante, rester là….

Un des rôles des doulas, essentiel et magnifique.

Accompagner la naissance : 10 pistes pour vivre avec l’incertitude

Traditionnellement, les doulas ont toujours mis au cœur de leur pratique le soutien lors de la naissance. Au Québec comme ailleurs. Maintenant, on peut être doula en n’ayant jamais assisté à la naissance d’un autre bébé que le.s sien.s. On trouve des doulas spécialistes en fertilité, en préparation prénatale, ou en soutien post-natal (ou en AVAC, en deuil périnatal, en grossesses multiples, en yoga ou autres, mais ce n’est pas l’objet de ma réflexion ici). Évidemment, toutes ces réalités sont à soutenir et plusieurs chemins sont valides, c’est clair.

Je me questionne cependant sur les raisons qui nous poussent à exclure souvent la présence lors de la naissance des services proposés, et sur la durée limitée de la pratique d’accompagnement des naissances des doulas.

Évidemment que la vie n’est pas que lac limpide, que les doulas aussi traversent des périodes qui limitent leur disponibilité (physique et émotionnelle); deuil, soucis familiaux, naissance, limites physiques etc… alors, il est sain de cerner nos limites, tant pour nous que pour les familles. Pour accompagner une naissance, il faut pouvoir s’ouvrir à ce qui se passe, entièrement, soutenir au-delà de la fatigue, laisser derrière les cailloux de nos vies. Parfois, on ne peut pas, et alors mieux vaut ne pas y aller. Parfois aussi, surtout en France, les milieux de soins sont résistants à notre présence et limitent le droit des parents d’être accompagnés de la personne de leur choix, leur doula en l’occurrence (un jour, ça changera 😊 ). Mais en-dehors de cela ?

Après des mois de réflexion, j’en viens à la conclusion qu’aménager sa vie pour pouvoir quitter à tout instant pour une période indéterminée, c’est d’une exigence colossale. Parce qu’il faut jongler, valser avec l’imprévisible. Devenir des funambules de l’incertitude.

C’est exigeant, fatiguant car la capacité d’adaptation est sollicitée à fond. Tout est imprévisible, on ne contrôle pas grand-chose, c’est à chaque fois une nouvelle histoire : ne pas savoir de quoi notre journée sera faite, si on dormira cette nuit, qui prendra soin de notre famille s’il y a lieu, comment jongler avec les autres obligations (travail, soins), adapter nos loisirs, mettre nos besoins ou envies de côté, c’est difficile. Surtout quand bébé décide d’être prêt à naître après plusieurs semaines de garde. C’est contraire à ce qui nous rend généralement confortables : prévoir, contrôler, choisir, répéter.

Vivre avec l’imprévisible est difficile parce que stressant; cela peut nous faire figer (ou se réfugier dans la pensée magique : ‘ tout se passera parfaitement’ ) , ou encore imaginer tout ce qui pourrait se compliquer : ‘ et si je dois quitter avant la fête de ma mère… / j’espère que je dormirai au moins 4h…/ et si mes 2 bébés accompagnés se pointaient en même temps… / et si ça se passe moins bien… / et si l’équipe est froide avec moi…/ surtout pas lundi, j’ai personne pour les enfants…/ et si la naissance est compliquée…’ . Il ne faut qu’un terrain un peu anxieux, un système nerveux fatigué ou une période plus intense pour que les pensées galopent et prennent la vedette. Ça fait même partie de notre magie à nous, les humains, prévoir pour se protéger; souvent, ça sert. Parfois, ça nuit en aspirant notre énergie car cela empêche d’être là, simplement, maintenant.

Pourtant, on sait bien qu’en cas de besoin, nous aurons les ressources, trouverons les solutions pour naviguer le bordel. On est doulas, après tout 😉

La sagesse africaine m’a dit un jour de 2001: ‘ Ne pas paniquer avant d’être sûr qu’il faut paniquer’.
Voilà.

Parce que je tiens à ce que les familles continuent de compter sur la présence connue, continue et rassurante de leur doula au cœur de l’expérience de l’enfantement, aient toujours sa main pour s’accrocher et s’apaiser, ses yeux pour y voir comme iels sont fort.e.s, voici quelques pistes pour vivre avec l’imprévisible et y marcher comme un.e funambule, en équilibre même avec un pied dans le vide :

1- Rester dans ce qui est, maintenant, simplement : ‘ là je suis ici, il vente, je mange…’

2- Profiter de chaque instant, cultiver l’émerveillement : ‘ Oh wow, merci bébé, j’ai bien dormi cette nuit ! Prêt.e maintenant ! ’

3- Profiter des périodes de garde (d’astreinte) pour identifier et répondre, en temps le plus réel possible, à nos besoins (dormir, manger, être en lien, créer, profiter de la nature, chanter… pour vivre, quoi !) : recharger ses batteries pour être disponible (full ocytocine !!) Quel beau cadeau, non ?

4- Se responsabiliser en réglant ce qui peut l’être : sac de doula, essence dans la voiture, appels prioritaires faits, bouffe prête, clarté dans les possibilités avec notre réseau de soutien… pour faire diminuer la charge mentale et savoir que si on a à partir rapidement, il n’y aura pas d’effondrement catastrophique.

5- Prévoir, lorsque possible, les événements importants à l’extérieur des périodes de garde.

6- Observer la horde de pensées sauvages prêtes à galoper, les voir de temps à autre piaffer et s’élancer. Respirer, revenir à maintenant, un sourire en coin (voir point 1).

7- Moduler le nombre d’accompagnements que l’on prend par mois, pour que ça reste digeste. Il y a quand même une limite à s’adapter et les parents accompagnés méritent d’avoir une doula en forme lors d’un des plus grands jours de leur vie.

8- Se réserver des périodes sans naissances prévues; c’est comme un changement d’huile, ça le prend de temps à autres pour augmenter la durée de vie du bolide.

9- Tisser une toile de soutien pour pouvoir s’effacer du quotidien en sécurité : des adultes rassurants pour les enfants ou les autres dont nous prenons soin, des collègues impliqué.e.s et heureux.ses de nous remplacer lors des naissances si on occupe un autre emploi…

10- Tisser un réseau de relèves de confiance qui partagent nos valeurs de pratique; en duo ou en cas d’urgence ou d’épuisement, peu importe, mais accepter que la réalité c’est qu’on ne peut jamais garantir notre présence à 100%, malgré tout l’engagement du monde (une gastro est si vite arrivée 😉 ).

Se rendre disponible pour les naissances est exigeant, et d’une beauté infinie. Être doula c’est être invité.e à goûter à la profondeur de la vie dans ce qu’elle a de brute, de fort, de puissant, d’attendrissant, de pas léché, de chavirant. C’est changer d’espace-temps. Prenons soin de notre pratique et de nous afin que les parents, les bébés, les équipes soignantes et les doulas puissent continuer d’honorer et de bien vivre l’immensité de ce grand passage. Pour continuer de voir la beauté du monde.

Amélie, doula depuis 2012, formatrice pour les doulas depuis 2018.

ÊTRE PRÉSENTE LORS DE LA NAISSANCE

Souvenir d’une belle naissance en milieu hospitalier; vous voyez les étoiles dans les yeux de cette magnifique mère (merci Vanessa xx), dans les miens et ceux de la médecin et de l’infirmière ?

Pourquoi aller accompagner les naissances ? Est-ce qu’une bonne préparation visant à rendre le/les parent.s autonome.s n’est pas suffisante ? Est-ce que la présence des doulas n’est pas une incursion dans l’intimité des familles ?

L’air du temps semble souffler la pratique des doulas vers une multiplication de services, importants et qui sans aucun doute peuvent améliorer l’expérience des parents, et qui restent pour moi des ajouts, des satellites intéressants… mais qui, sans la PRÉSENCE de la doula auprès du/des parent.s lors de la naissance, ne représentent pas l’entièreté de notre pratique ni le soutien optimal aux parents.

PLONGER SON CORPS DANS CETTE PLACE PARTICULIÈRE

Les doulas sont des passionnées de la naissance. Ils/elles passent généralement plusieurs années à construire leurs connaissances, sont fasciné.e.s par les merveilles du corps qui accouche, souhaitent des naissances en douceur et en respect. Comme pour toutes les expériences humaines, c’est en plongeant, corps et coeur premiers, plusieurs fois, dans tout ce qu’être présente apporte que la finesse de la compréhension des besoins des parents et de l’immensité du passage peuvent s’approfondir.

Sentir quand murmurer des mots doux… quand poser la main sur l’épaule… quand respirer avec elle… quand se retirer… quand abreuver…quand rassurer du regard… quand prendre soin du co-parent… quand éteindre la lumière…cela se fait en étant LÀ. Aucun exposé théorique en prénatal ne pourra remplacer cette danse qui se crée au fur et à mesure, subtile, riche, intense, particulière et profonde.

SORTIR DE LA THÉORIE, DU BIEN, DU MAL…

À chaque naissance son histoire. À chaque contraction ses besoins. À chaque personne qui accouche ses murs et ses joies. En assistant à des centaines de naissances, comment vous dire…. tant de croyances qui m’habitaient, nées de mes propres expériences ou de mes connaissances, ont été dilapidées. Tout comme nous ne connaissons jamais le déroulement d’une naissance à l’avance (JAMAIS !), nous ne savons pas non-plus de quoi auront besoin les familles au moment venu. Ce qui aidera une famille pourrait nuire à une autre.

Il y a des naissances pendant lesquelles le soulagement pharmacologique sera la clé pour la détente et le bon vécu. Il y a des histoires plus complexes qui demandent l’utilisation de techniques ou de produits; ce sont des exceptions quand les besoins des personnes qui accouchent ( intimité, sécurité, liberté…) sont respectés, mais ces histoires existent.

La naissance est un chemin qui se marche une seconde à la fois, une contraction à la fois, un souffle à la fois. Et c’est en étant présent.e.s que les doulas voient, ressentent les subtilités inhérentes à tout passage.

Nous pensons beaucoup en dualité… le mental aime bien s’activer… on voit des fossés bien creusés; il y a les croyances disant que le seul bon chemin c’est la physiologie, que les pratiques médicales nuisent trop souvent…. et les croyances qu’au contraire, agir en prévention est toujours plus sécuritaire, que le corps des personnes qui accouchent et les bébés ont besoin qu’on FASSE que la naissance se passe.

Le seul espace qui peut respecter l’expérience des parents et nous permettre de dé-tricotter les croyances figées, nous amenant dans l’essence de l’accompagnement, c’est d’y être. Et de marcher à côté des familles, en respectant leur autonomie.

Cela demande une humilité très pointue, implique parfois de se tromper. De se méfier de l’élan bien humain de vouloir être la personne ‘qui SAIT’, ou ‘GRÂCE À QUI’ les choses se passeraient de telle ou telle manière. Et de s’offrir beaucoup de bienveillance 🙂

SOUTENIR, POUR VRAI

Au-delà des discussions sur les souhaits du/des parent.s qui auront pu être nommés en prénatal, leur compréhension des facteurs qui favorisent la naissance ou lui nuisent…. encore une fois, c’est lors de cette grande journée que la vulnérabilité reprendra ses droits, que la force infinie guidera le bateau….à leur manière. De façon, souvent, imprévisible.

Les personnes qui accouchent et les co-parents ont besoin d’être aimés, inconditionnellement. Iels ont besoin de sentir que leur doula n’a pas d’attentes; elle sera là et les soutiendra, quoiqu’il se passe ( citation: Isabelle Challut 😉 ) .

Sa présence, malgré ce qu’on croit souvent, n’est pas utile seulement pour soulager les contractions lorsqu’elles deviennent plus intenses;

Le/la doula pourra couver, veiller sur la belle bulle d’hormones pour permettre à celle qui accouche de se laisser glisser, emporter avec le moins de résistance possible dans son grand tourbillon. Inviter les belles hormones si nécessaire… dès le début. Comme la majorité des bébés naissent en milieu hospitalier, créer cette bulle avec le/les parent.s et la couver dès l’arrivée à la maternité est primordial.

Elle pourra accueillir les moments de découragement et trouver des mots doux qui paveront le chemin d’espoir et de confiance.

Elle pourra être ce radeau de confiance qui tient sur les vagues, même quand le/les parent.s n’y croient plus.

Elle pourra aider les parents à s’adapter si des situations particulières se présentent, en leur permettant de poser toutes leurs questions, de comprendre ce qui se passe, de faire des choix qui les rassureront, d’aménager chaque situation pour faciliter les choses. En temps réel.

Elle pourra rassurer le co-parent si l’intensité semble happer complètement la personne qui accouche: ‘ c’est fort, c’est normal ! C’est bébé qui arrive; tu vois comme elle est belle, et forte ? ‘

Elle pourra veiller au confort…. un peu d’eau, quelques bouchées, du doux, du chaud, du mou…

Elle pourra parfois souffler un petit mot à l’équipe, autour de la machine à glaçons, sur ce qu’elle connaît des parents; ‘elle a très peur de la déchirure/ il est bien anxieux et ne veut pas qu’on l’invite à regarder la sortie de bébé/ elle a vécu telle expérience et aurait besoin de…. ‘

Elle pourra aussi, au besoin, proposer des positions, des sons, des massages ou autres qui favoriseront la détente ou l’avancée de la naissance.

Par moments, elle pourra aussi se retirer; se faire toute petite quand l’intimité entre les parents exigera qu’on l’honore. Devenir une simple présence bienveillante, confiante, simplement.

Oui, il y a parfois de faux départs. Oui, les doulas sont parfois présentes en continu pendant de très longues heures.

N’oublions jamais que toute la préparation du monde n’empêchera pas la vulnérabilité de se pointer. Nous, les humains, ne savons jamais comment nous vivrons une expérience, quelque soit le niveau de compréhension intellectuelle faite en amont. La vulnérabilité est partie inhérente du passage, et de notre nature humaine. À chaque passage. Et pouvoir marcher le chemin des passages en comptant sur une personne connue et aimée, même si elle ne ‘fait’ rien, même si elle est simplement LÀ, avec son coeur, change complètement l’expérience.

TISSER LES LIENS AVEC L’ÉQUIPE SOIGNANTE

La place et le rôle des doulas restent encore bien méconnus dans nos sociétés; bien des craintes teintent le regard des professionnel.le.s envers ces personnes qui offrent un soutien non-médical pourtant tellement simple. Même pour nous, il est parfois ardu de définir notre rôle dans cette culture qui valorise l’action-résultat. Je suis intimement convaincue, après avoir eu la chance d’aller accompagner des dizaines de naissances avec la même équipe hospitalière, que le lien de confiance qui se tisse au fil du temps entre les doulas et les professionnel.le.s est un élément vraiment favorisant pour les parents.

Quand la peur lâche, quand on se fait confiance , l’égo se retire. Nous sommes simplement là pour cette famille, chacun.e avec ses connaissances et ses limites. On se fait confiance, voilà tout. Les plus belles expériences d’accompagnement que j’ai eu la chance de vivre ont été celles où chacun.e appréciait le travail de l’autre. Ou le soutien aux parents était naturellement partagé, et nourri par la compréhension des besoins de la famille.

Cette dynamique teintée de confiance ne peut se construire qu’avec du temps passé ensemble. Et ce temps, généralement, il existe lors des naissances. Être là, dans l’amour, amène les résistances à lâcher. À force d’y retourner, nous devenons moins inconnu.e.s, moins dérangeant.e.s, moins déstabilisant.e.s: notre rôle de facilitatrice est mieux compris. Promis.

TROUVER SON ANCRAGE POUR EN ÊTRE UN

J’ai reçu tellement de témoignages de parents qui, parfois des années après la naissance de leur bébé, me racontaient le petit geste, le regard, ou les mots simples qui sont restés comme un ancrage dans les moments plus difficiles qui ont pu suivre l’arrivée de leur bébé. À chaque fois, c’est leur simplicité qui me frappe. C’est aussi de réaliser que dans l’instant, je n’en avais pratiquement jamais mesuré l’impact. C’était un petit geste, un regard ou des mots simples qui étaient apparus d’eux-mêmes, nichés dans mon lien avec le.s parent.s, très loin d’une technique apprise ou d’une recette à promesse. Un geste, un regard ou des mots simples probablement partagés par les humains de tout temps.

L’humilité de la doula

POUVOIR

La naissance est un des événements qui incube énormément de pouvoir. Idéalement, la personne qui accouche devrait pouvoir y toucher, à ce tsunami de pouvoir qui germe en elle depuis toujours et n’attend que de pouvoir pouvoir. Toucher à ce qui la laissera transformée, abandonnée, aimée, confiante. Et toucher à ce qu’il y a de plus fort en elle, l’assimiler comme sa nouvelle identité…

‘’Le pouvoir appartient aux personnes qui accouche…’’

‘’Re-donner le pouvoir aux femmes….’’

Nous entendons beaucoup ces phrases dans notre monde d’accompagnement. Je les comprends, les valide. Les bébés naissent dans des conditions héritées de plusieurs milliers d’années ‘d’hommerie’, comme disait mon père. Les bébés naissent dans des conditions qui font souvent que leurs parents sont dépossédés de savoir et de pouvoir. Alors nous, les doulas, nous répondons en éduquant, en proposant aux personnes enceintes et qui accouchent une reprise de contact avec leurs corps, en rappelant leurs droits aux parents, en veillant sur la bulle lors des naissances. C’est bien normal, et après toutes ces années c’est encore le seul chemin que je trouve.

Mais est-ce que nous, les doulas, pourrions aussi faire partie de ce vampirisme de pouvoir ? Si, par notre nature bien humaine, nos traumas, nos modes relationnels, nous ne devenions qu’une autre source de dépossession de pouvoir pour les parents ?

Je réponds : pour que les parents (particulièrement les personnes qui accouchent au moment de la naissance) puissent toucher leur pouvoir, nous devons nous caler doucement dans une chaude piscine d’humilité.

Il m’importe de dire que pour que les femmes/personnes qui accouchent puissent, les doulas et autres personnes autour doivent intégrer profondément cette posture d’humilité. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, et souvent avec quelques heurts.

Il est si facile de prendre pouvoir lors de l’éclosion d’une personne. En cours d’éclosion, les frontières craquent, les limites sont floues, la personne est vulnérables aux vents et influences qui l’entourent…. Nous, doulas, sommes invitées à être là pendant que la personne expose au monde sa vulnérabilité psychique, physique, émotive….c’est à couver. Simplement, couver. Chaque petite miette de pouvoir que l’on prend est enlevée à la personne qui éclot.

Croire qu’on sait : comment, quand, le mieux, le pire…

Croire qu’on peut empêcher quoique ce soit…

Croire que grâce à nous ce bébé arrivera plus vite, moins vite, plus tôt, plus facilement…

Croire qu’on peut deviner ce dont ces parents, cette famille a besoin…

Transposer nos croyances ou nos histoires et présumer de leurs réalités…

Vouloir guérir nos histoires par leur histoire…

Glisser vers la suggestion de ‘bonnes réponses’ à leurs questions, leurs hésitations…

Transmettre des idées figées sur ce qui est bien ou ce qui est mal…

Tomber dans le piège de la toute-puissance; c’est tentant parfois.

Avec humilité, revenir à ce qu’est ACCOMPAGNER; n’est-ce pas simplement MARCHER À CÔTÉ ? Être ce regard qui dit : je crois en toi, tu peux le faire. Le faire à ta manière. Tu peux t’abandonner, tu es en sécurité. De quoi as-tu besoin ?

C’est d’une simplicité désarmante. C’est très reposant. Et c’est très compliqué.

Le fil d’or

Histoire d’un lien doula-famille et des vagues intérieures en accompagnement.

Photo: http://www.generophoto.com

Petit matin ensoleillé….j’ai des offrandes, j’ai le cœur gonflé d’une tendresse toute neuve. Je partirai rejoindre la famille qui m’a ouvert leur porte et qui m’a ouvert le cœur. Bébé est né, des jours ont passé, c’est aujourd’hui que se boucle cette boucle d’oreille et d’amitié.

Je me souviens….. 

Du premier appel; une voix pétillante qui m’annonce vouloir être accompagnée. 

Dans mon espace à moi, je souris, je gambade et j’ai peur aussi. Vais-je être assez ? Qu’attend de moi cette famille ? Saurais-je être la bonne personne pour eux ? Vais-je pouvoir répondre à toutes leurs questions ? De quoi serai-je témoin lors de la naissance ? Et si les parents m’en voulaient si cette journée tant attendue les décevait ? J’aimerais que grâce à moi… ceci ou cela ou mieux ou moins pire…..

Je respire, je souris. Je jette un regard amusé sur ces pensées qui pétillent et s’embrouillent, leur promets de m’en occuper plus tard, et j’écoute. Pourquoi ces parents veulent-ils être accompagnés ? 

Nous prévoyons nous rencontrer une première fois, pour savoir….savoir si on s’aime. Je me prépare, j’ai des petits papiers pour eux, mais surtout je me prépare le cœur. C’est une nouvelle aventure….ce n’est pas la mienne mais je sais qu’elle résonnera, mon histoire. Je pare mon cœur de mille lumières, il est chaud, il palpite, prêt à recevoir ce que cette famille m’apprendra…au-delà des mots et des questions…. Je sais que c’est de cœur à cœur qu’on se choisit. Je n’ai pas à tout savoir, je ne peux rien leur promettre, je peux juste être là. Et sourire à mes pensées quand elles s’emballent. Et revenir dans mon cœur. Je respire, je souris.

Je quitte la famille dans l’attente de leur réponse; est-ce que je marcherai à leurs côtés ? Je ne sais pas. Je reprends ma vie, mon espace à moi; j’échange avec mes collègues, j’écris, je bouge, je lis, j’apprends, et puis il y a la vie autour qui continue…. Je prends le temps de m’assurer de bien vouloir, moi, être leur doula…. Je sens comme un fil qui me relie à eux, oui, je les aime. Je raconte, à d’autres, mes histoires, je les nomme encore, et encore, les célèbre et les pleure…je veux les laver et pouvoir être présente pour ceux que j’accompagnerai…peut-être. Et un soir, cadeau ! Les parents veulent que je les accompagne. 

Une tendre fierté m’habite, je savoure le privilège… je suis invitée à une naissance ! Naissance de cette famille. Au fil des semaines, des rencontres, des appels, des écrits, des regards, des silences, je sens que se tisse ce petit fil d’or entre nous….gorgé d’amour, ténu et fort à la fois…. 

Je les vois si forts et parfois apeurés. Je les vois s’aimer et avoir besoin d’être rassurés sur leur compétences aussi. Je les invite au contact avec leur corps, leur souffle, leur bébé, leur cœur, leurs besoins…j’invite. Sans attentes. Je les vois s’imaginer…. S’imaginer une naissance idéale, ou rester habités par de grandes frousses, je les vois réaliser que la naissance n’est pas que douleur, qu’ils pourront être acteurs de leur histoire, que ce sera grâce à leur amour que leur bébé naîtra. Je transmets…mets des mots sur les merveilles du corps, sur les réalités du milieu où naîtra leur bébé, sur les choix qu’ils pourront faire. Et toujours, toujours, je sens que je marche sur une fine ligne. Chaque mot doit ouvrir, chaque phrase doit leur dire : ‘on ne sait pas….et j’ai confiance en toi’ 

On ne sait pas quand ni comment bébé arrivera. On ne sait pas comment tu vivras ton expérience…on ne sait pas qui est ce bébé…mais j’ai confiance en toi. 

Je sais de quel milieu les parents sont entourés; parfois, ils me racontent ce qui leur est dit par leurs proches, les soignants…parfois, je suis réconfortée. Parfois, je suis en colère. Inquiète. Ça, c’est mon petit paquet, à moi, je sais que je devrai m’en occuper. Mais d’abord, j’écoute. Attentive à ne pas tenter de deviner, présumer… je demande. J’écoute. Je sens entre mes doigts le fil d’or qui toujours me permet de revenir à eux. 

Au fil des semaines, bébé grandit et puis un jour, tout est prêt : bébé, sac de doula, mille et un plans de sauvetage pour que ma vie puisse tourner sans moi quelques heures…. J’attends. Parfois mes idées s’emballent et j’ai peur : peur de manquer l’appel, peur que la naissance se passe au mauvais moment pour moi, peur des peurs des parents, peur d’être fatiguée, peur du milieu médical, peur de ne pas savoir quoi faire, peur d’être mal accueillie, peur….. 

Je respire, je souris. Je ne sais pas. Je ne sais rien. C’est comme ça. Je dis aux femmes qu’elles peuvent se laisser traverser par la naissance…. Je me le dis à moi aussi. Je peux me laisser traverser par la vie……

Je pars. Je ne sais pas pour combien de temps, je ne sais pas…. Je chante. Je prends une minute pour écouter le vent….l’eau….devenir le vent….respirer…je sais que je plonge dans une expérience profonde. Je sais que c’est dans LA vie que je pars. J’oublie la mienne, ma vie; je les rejoins. Le cœur gorgé d’amour tout chaud. Je suis heureuse d’être avec eux, et je veux que tout le monde le sache ! Je laisse déborder mon cœur; je veux que l’amour jaillisse de mes yeux, de mes mains, de mon souffle. L’amour, c’est tout. C’est tout. ….

C’est avec l’amour que je peux soutenir. Avec l’amour que je peux accueillir les doutes, les larmes. Avec l’amour que je suis témoin des mots que cette personne murmure à son bébé….et de la force infinie qu’elle en retire, et qui la fait continuer…. Avec l’amour aussi que j’accueille ses limites. Avec l’amour que je respire quand le stress pointe son nez crochu. Avec l’amour que je rassure, d’un regard, l’autre parent aimant. Vulnérable, inquiet, impressionné, tendre, confiant ou ému.. Avec l’amour que je fais un clin d’œil aux soignant.e.s quand ‘ça pousse’. Avec l’amour que je nomme les désirs des parents. Avec l’amour que je laisse la place à chacun.e, que je reste discrète, vigilante. Avec l’amour que je sais que ce bébé naîtra, mais que je ne sais rien d’autre. Avec l’amour que je le vois…naître…..avec l’amour que je laisse la vague d’émotion me happer, me bercer aussi, au premier souffle de bébé……avec l’amour que je sens que tout se dépose, moi aussi…avec l’amour que je veille, je nourris, j’abreuve. 

Avec l’amour que le fil s’est tissé encore un peu. C’est tout. 

Quelques heures après la naissance, je sens que toute la famille glisse doucement vers le repos. Je me retire. Je vais me reposer, me soigner peut-être, déposer à l’oreille des personnes en qui j’ai confiance mon vécu à moi, l’écrire, le chanter, le courir…je sais que je porte beaucoup. Je dois déposer. Rendre à la vie ce qui lui appartient. On se parle dans les jours suivants, et puis….

C’est aujourd’hui ma dernière visite chez eux. Je suis emplie de tendresse et d’apaisement….la vie continue… je repense à leur histoire, à ce que j’ai envie d’honorer. Car chaque naissance bouleverse tout, amène des vagues de courage, de force, d’amour…c’est ça que j’ai envie d’honorer. Je veux les entendre aussi…. Entendre leur histoire, leurs joies et leurs doutes. Je sais que je me prépare à être accueillie dans un cocon fragile, dense, saturé d’émotions…je respire, je souris. Surtout, laisser toute la place à leur histoire. La mienne, celle que je me suis racontée pendant la naissance, elle m’appartient. Je me raccroche un peu encore à ce petit fil doré qui me semble maintenant beaucoup plus solide…notre lien.

On célèbre. Le bébé, la beauté de cette famille, l’intensité des jours qui ont passé, leurs compétences…les parents rient, pleurent, racontent…et bébé est là. Je vois la transformation, la croissance, l’éclosion dans leurs regards… 

Je sais qu’ils sont fatigués..après une heure ou deux, je le sens, je dois me retirer. C’est avec émotion que je les laisse. Je sens qu’une boucle en cœur se boucle. Je sais qu’ils marcheront leur chemin, que je ne suis pas essentielle, qu’ils m’ont simplement offert la chance d’être un de leurs appuis. J’ai confiance…ils trouveront leur couleur et leurs pieds seront un jour sur un sol plus stable.  Les liens se tissent entre eux; leur fil d’or, il est bien à eux…. J’en conserverai toujours la couleur dans mon cœur, je peux le leur laisser. 

J’ai parfois des souvenirs…. Je leur laisse la place. J’ai pu être en colère, avoir peur pour eux, être irritée, douté d’avoir fait la bonne chose ou dit la bonne parole…je sais que je suis doula pour adoucir les naissances. Et peut-être cette naissance n’a pas été douce, tout-à-fait douce…je cherche alors à donner un sens. Je cherche un espace pour réfléchir aux pratiques. Je cherche un espace de dialogue. Je cherche un espace de construction… c’est un autre espace de ma pratique. Si je sens l’énergie de la lionne…je sais que je peux joindre d’autres êtres, marcher le chemin de l’éducation, de la militance…entourée, portée par les réflexions et les actions des personnes autour de moi, nourrie par les idées semblables ou contraires aux miennes. Je trouve cet espace et je laisse monter en moi les actions que je pourrais faire…je laisse mijoter. 

Puis, un appel; une voix qui m’annonce vouloir être accompagnée. 

Je respire, je souris. Je jette un regard amusé sur mes pensées qui pétillent et s’embrouillent, leur promets de m’en occuper plus tard, et j’écoute. Pourquoi ces parents veulent-ils être accompagnés ? 

Je sens le début d’un tout petit fil, je n’en connais pas encore la couleur ni ne sait la forme qu’il prendra…je le sens doux. Je respire, et souris. 

  • texte écrit dans le cadre des formations en accompagnement à la naissance du Centre Pleine Lune que j’ai le bonheur d’offrir avec Isabelle Challut et Marie-Ève Lévesque

SOUTENIR, PANDÉMIE OBLIGE.

Source: karisma.canalblog.com

Après plusieurs mois pandémiques, comment accompagner ? Comment être doula dans ce monde de fou ? Un point sur l’importance et quelques manières de continuer d’accompagner les familles en tant que doula.

État des lieux

Le monde entier est fragilisé, les doulas aussi. La planète entière est en manque de lien, de célébrations, les doulas aussi. Ce manque, ces situations que l’on vit dans nos pratiques peuvent créer beaucoup d’émotions diverses, selon notre expérience, nos valeurs, nos limites, nos besoins, et les raisons qui nous poussent à avoir tant envie de tenir cet espace d’accompagnement auprès des familles. Il faut dire que les limitations sont encore plus présentes qu’avant; impossibilité d’être physiquement présentes dans certaines maternités, augmentation de certaines interventions obstétricales difficilement recevables quant aux données probantes, fragilisation de la confiance des parents, remise en question de notre pertinence si le soutien physique est impossible, etc… non, ce n’est pas rose rose. Ces sentiments d’impuissance, de rejet, d’être soumises à des mesures qui n’ont pas toujours leur sens pour certain.e.s amènent plusieurs accompagnantes à … disons… être découragées. Frustrées. Tristes. Fatiguées. En colère.  

J’ai envie aujourd’hui, en me basant sur quelques infos dont on dispose, de crier un grand plaidoyer : CONTINUONS D’ACCOMPAGNER !! Peut-être pas comme avant, peut-être pas comme on le voudrait, mais continuons! C’est important. Parce que les parents sont fragilisés, car ils vivent un grand passage qui implique systématiquement des déséquilibres, une vulnérabilité universelle. Pendant une pandémie que l’on tente cahin-caha de maîtriser; les stresseurs augmentent. Leur transition, leur actualisation de leur nouvelle réalité s’en trouve compliquée; l’épuisement les guette, sourire en coin. Les relations de couple tanguent. Le soutien manque, l’isolement augmente, la pression augmente…. Quels impacts sur l’harmonie familiale, le sentiment de compétence parentale, le lien (My God, le lien…) entre ces bébés et leurs parents, l’allaitement ?

Ne devrions-nous pas chercher un chemin, continuer?

Voici ce que l’Institut National de Santé Publique (Québec) nous dit dans son rapport publié en juillet 2020, ‘Transition à la parentalité en situation d’adversité : le cas de la COVID-19’.

 » La transition à la parentalité est un événement de vie majeur qui peut débuter avant même la conception d’un enfant et s’étendre sur plusieurs mois, voire sur des années après la naissance de l’enfant. (…) Bien qu’avoir un enfant soit, pour bon nombre d’hommes et de femmes, une expérience positive et enrichissante, l’ensemble de ces changements peut suffire à causer un stress, une détresse psychologique ou favoriser l’émergence de troubles mentaux chez certains. (…) Si la transition à la parentalité est, en soi, un événement qui peut entraîner de la détresse, les conditions dans lesquelles se déroule cette transition peuvent grandement influencer la façon dont celle-ci sera vécue et, conséquemment, influencer le niveau de santé mentale des futurs et nouveaux parents. La santé mentale des parents doit donc être considérée lors des interventions puisqu’elle a un impact direct sur le développement cognitif et socioaffectif de l’enfant, notamment par le biais des pratiques parentales et des liens d’attachement avec l’enfant. La pandémie de COVID-19 et les mesures prises pour limiter sa propagation font partie des éléments de contexte récent qui peuvent influencer la façon dont se déroulera la transition à la parentalité.

(…)

Ces situations de vulnérabilité, ponctuelle ou à long terme, demandent des ajustements et des adaptations dans la façon de soutenir les nouveaux parents dans leur transition à la parentalité. (…) Les chercheurs qui se sont penchés sur la COVID-19 insistent sur 2 éléments (…), soit l’importance de diffuser de l’information et celle de se préoccuper de la santé mentale et du bien-être des parents. »

(voir le document entier ici)

En clair; la COVID complique les choses pour les nouvelles familles, reconnaissons-le et réfléchissons à notre présence. Et…. Entre nous… diffuser de l’information et se préoccuper de la santé mentale et du bien-être des parents, n’est-ce pas exactement 2 éléments de nos désirs de doulas, et qui valident la pertinence de notre présence ?

Que vivent les parents en ces temps de COVID ?

L’ÉPUISEMENT guette tous les nouveaux parents. La COVID et ce qui l’entoure amène un manque d’accès à l’information (accès plus difficiles aux organisations de santé, rendez-vous téléphoniques priorisés, présence impossible du/de la partenaire lors de certaines situations), une perte de repères (que va-t-il nous arriver ??), de l’instabilité et une perte des routines si sécurisantes pour les humains, un manque de soutien critique (tant au niveau du réseau naturel (famille, amis..) qu’organisationnel).  

LA MODIFICATION DE LA RELATION DE COUPLE en prend pour son rhume. Ou pour sa grippe. Ou pour sa COVID. Oui, me direz-vous, c’est toujours le cas quand arrive un bébé. La COVID amène une forte augmentation des stresseurs, de l’isolement et des risques de violence (qui sont déjà exacerbés en période périnatale.)

LE MAINTIEN DU BIEN-ÊTRE ÉMOTIONNEL, PHSYCHOLOGIQUE ET SOCIAL, c’est de la haute voltige, quand on est (nouveau) parent. Notre chère COVID en rajoute; s’adapter est plus complexe ( les rituels tels que le Baby-Shower, Blessingway, le magasinage avec sa mère, la présentation officielle de bébé ou que sais-je encore sont non-recommandés, voire interdits.) Les stresseurs s’accumulent, les vulnérabilités (revenus, relations familiales, problèmes de santé) deviennent caricaturales. Immenses.

Référence INSPQ (voir le document entier ici)

Bon. Respirons un grand coup. Tout passe, c’est temporaire. Mais entre temps, des bébés arrivent. Des parents vivent les débuts de leur vie de famille dans toutes sortes de situations difficles. Ça, ça ne changera pas.

Et les doulas? Que pouvons-nous apporter? Quelle place offrir ? Comment rester, nous qui nous définissons par essence flexibles et ouvertes, dans la lumière ?

Mes collègues des Doulas de Pleine Lune et moi, on s’est réunies. Il faut, je crois, être réalistes; nous sommes dans le monde tel qu’il est; qu’en faire ? Je vous partage nos quelques idées, à vous d’ajouter les vôtres…

  • Informer, informer, informer les parents. Sur la physiologie. Le soutien. Les choix. La communication avec l’équipe soignante. Les mesures en place.
  • Trouver des voies de négociation, des aménagements possibles relativement aux suggestions d’interventions obstétricales ou aux mesures liées à la COVID. Inviter les parents à identifier ce qui, eux, les rassurent.
  • Outiller ++ les partenaires en vue de l’impossibilité que l’on puisse être à leurs côtés lors de la naissance.
  • Proposer des moments de prise de contact de la mère avec son corps, viser la détente, la mollesse, le souffle…. L’inviter à explorer ce qui la nourrit et lui fait plaisir dans son corps…elle sait. Elle trouvera son chemin.
  • Créer des liens !! Nourrir les liens ! Proposer des pistes pour nourrir le lien mère-bébé, qui lui sera TOUJOURS là. Peu importe ce qui pourra se passer autour de cette femme qui donnera naissance, son bébé et elle, cela restera. Envers et contre la COVID. Des liens, aussi, entre les parents, entre les parents et leur communauté, entre les parents et leur doula.

Choisir des pistes musicales qui pourront être diffusées dans l’oreille, rester dans son cœur et la confiance que bébé sait. Il sait.  Pratiquer l’hypnose? Créer un bracelet en invitant les proches à enfiler chacun une perle avec une intention? Enregistrements des voix qui rassurent, encouragent ? Organiser un Blessingway ou des rituels ? En présence, ou en virtuel s’il le faut, mais faisons-en !

  • Observer les peurs. Les entendre. Examiner ce qui pourrait être mis en place si ces situations redoutées arrivent.
  • Connaître les possibilités d’aide professionnelle disponibles près de chez nous.
  • Préparer la présence de la doula en prénatal en invitant les parents à appuyer leur demande auprès de leur équipe soignante; exceptions possibles même en zone rouge ou niveau d’alerte maximale.
  • Peut-être… si on est à l’aise, si on a eu le privilège d’assister à plusieurs naissances… passer à la maison au début du travail. Avec un masque. Et les aimer, à 2m de distance. Les rassurer…puis se reposer.
  • Accompagner plus par téléphone pendant les premières heures. Accompagner, respirer avec elle, rassurer le père…
  • Se présenter coûte que coûte sur le lieu de la naissance, prendre la chance de pouvoir être présente. (croire en la magie 😉 )
  • Soutien à distance selon les besoins des parents pendant la naissance si on n’a pas pu rentrer avec eux.
  • Possibilité d’aller apporter des trucs à la maternité (repas chauds, vêtements confos etc..)
  • Accompagner les parents à organiser leur soutien en post-natal; préparer clairement des demandes, ou coordonner les contributions de l’entourage. Qui peut faire quoi ?
  • Offrir, nous, plus de soutien après la naissance si désiré.
  • Doulas québécoises : inviter les parents à témoigner de leur expérience sur le site ‘Accoucher en pandémie.ca’, à participer aux études qui récoltent les données sur leurs réalités. C’est important, cela participe à faire évoluer les pratiques.

Belles doulas, femmes de cœur, je connais l’élan qui un jour a probablement hurlé dans la chaleur de votre cœur, qui vous a distinctement soufflé à l’oreille : ‘Vas-y, accompagne, c’est ton chemin…’. On ne savait pas, il y a quelques mois, que nous nagerions dans toute cette situation. C’est plus difficile qu’il n’y paraît, plus que ce à quoi on s’attendait. Je sais, notre capacité d’adaptation à tous est étirée, tordue, épuisée, on n’en peut plus.

Mais c’est notre chemin. Comme les bébés, comme celles qui accouchent, continuons. Dans la mesure de nos possibilités. AMOUR.