HISTOIRE D’ÊTRE ACCOMPAGNÉ.E.S…

10ePLGenevièveTJoellePC’est quoi, être accompagné.e par Amélie dans le beau chemin qu’est l’arrivée de bébé ?

Après des années et une centaine de bébés accompagnés, j’ai eu envie de vous offrir une histoire d’accompagnement. Qui regroupe beaucoup d’événements qui ont bel et bien eu lieu au fil du temps. Au fil des accompagnements. Ce n’est l’histoire de personne, mais d’un peu tout le monde aussi.
Chose certaine c’est rempli d’amour. Commençons.

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Un premier courriel;

  • ‘ Bonjour, je suis M. et je suis à la recherche d’une douce doula pour m’accompagner, avec mon conjoint, dans l’arrivée de notre premier bébé. Il arrivera au printemps à l’hôpital; est-ce que l’on pourrait se rencontrer une première fois ?’
  • ‘Bonjour M, merci pour ton message! Je suis heureuse de pouvoir te dire que je suis disponible au printemps; en effet, je pourrai aller vous voir une première fois pour vous permettre d’obtenir des réponses à vos questionnements, et surtout, pour voir si vous désirez m’inviter dans vos valises et votre aventure !’

Alors; on booke un moment, je me prépare. Comment ? Quelques documents mais surtout en menant ma vie doucement, comme je l’entends. Je sais que si j’ai à être avec eux, la magie opérera. Je ne sais pas qui ils sont; peut-être m’attendront-ils avec une liste de questions toutes bien préparées, peut-être discuterons-nous à cœur ouvert comme de vieux amis, peut-être arriverai-je dans un moment sensible, peut-être cette famille a-t-elle une longue histoire d’infertilité, peut-être que lui a déjà 2 belles grandes filles, peut-être qu’ils sont terrorisés par l’idée de l’accouchement ou au contraire me diront-ils ‘ On a super hâte de vivre ça, c’est si beau.’ Je ne sais pas. Pas important, car j’arrive toujours…comment dire… et bien j’y vais, tout simplement, sans attentes. M’engageront-ils ? Ou pas ? On verra. L’important c’est qu’ils sentent toute la liberté du monde.

Donc j’y vais. J’arrive. Souvent la magie se passe dans les premières secondes. Ouais, je les aime bien…. On voit leurs besoins, je pose les bases de ce que je propose, je démystifie mon rôle… et surtout je les écoute. Souvent une valve s’ouvre, ils ont enfin l’occasion de nommer l’histoire de ce bébé, leurs désirs, leurs appréhensions, leurs espoirs ! On a le temps. Et puis je repars, contente. Tout le temps contente. C’est que j’aime bien les débuts 🙂

Je leur aurai bien dit d’en discuter ensemble sans moi, de prendre le temps. Parfois, c’est une semaine plus tard que je recevrai un petit : ‘’ coucou, on voulait juste te dire qu’on adorerait que tu nous accompagnes; c’est quoi la suite ?’’, parfois aussi je n’ai pas le temps de repartir que les parents cognent à ma fenêtre en riant pour me dire que oui, ça marche, on fait ça ensemble  ( oui oui, c’est arrivé 😉 )

La réponse, donc, fait que soit je leur souhaite, sincèrement, de trouver doula parfaite pour leur cœur, soit je leur fait en souriant une place dans mon temps, dans mes pensées. J’ouvre un dossier, on planifie des rencontres. Je leur dis bien de m’appeler au besoin, je les relance aussi parfois.

Les semaines avancent, la bedaine pousse, la rencontre approche.

Une première fois officiellement, on se voit; je tente de les connaître plus. On voit comment ils vont, dans leur corps, leur tête et leur cœur. On regarde cette grossesse et ses particularités…on les travaille. Douleur aux lombaires ? Suspensions, massages, ceinture, ostéo…Insomnie ? Stress ? Acupuncture, journal, plantes, cohérence cardiaque, yoga…. Suivi médical; cette grossesse a-t-elle des particularités ?

On parle un peu d’accouchement, mais on est beaucoup dans ‘maintenant’.

Puis encore quelques semaines plus tard, j’y retourne. J’aurai, entre temps, envoyé plus d’infos sur ce qui les interpelle, organisé un système de relève si désiré, lu un peu plus sur les situations qui les concernent….entré leurs numéros dans mon téléphone…

…. Qui sonne :

M : ‘ Est-ce que c’est vrai qu’il faut que je dorme seulement du côté gauche ?

Moi : ‘ Non.’ 😀

On se revoit et là, on plonge dans l’univers de la naissance… certains auront déjà tout lu, tout vu, et d’autres auront envie qu’on revienne aux bases. Et c’est parfait. Comment ça marche dans le corps cette histoire d’accouchement ? De quoi on a besoin ? Et elle, de quoi elle pense avoir besoin ? Croit-elle vraiment qu’elle PEUT faire naître son bébé ? Quelques histoires les ont marqués, quelle est leur culture de l’accouchement ? Quels sont leurs désirs à eux ? Comment accueillir les contractions….

 

On essaie des suspensions, on respire, avec le ou la partenaire on explore ce qui fait du bien. Visualisations, points de pression… confiance, soutien, présence. Car plus que toutes les techniques, je suis de ces doulas convaincues que la confiance, de cette femme en elle-même et en ceux qui l’entourent, fera LA différence. Certains profiteront de ces moments passés dans le corps pour aller loin dans la respiration, loin dans la suspension, pour se faire du bien. Pour d’autres ce sera un peu étrange, voire gênant….alors je me servirai probablement plus de mes belles écharpes rebozo, pour avancer doucement dans le contact… tout est correct, c’est important d’y aller là-dedans… à leur rythme. On revoit aussi les réalités de la mise au monde; l’arc-en-ciel des possibles. Ont-ils des attentes ? Qu’ont-ils vu, entendu sur l’accouchement ?

Et là, LA prescription de la doula :’ Ce serait bien que tu te prennes 5 minutes par jour, toute seule, pour respirer profondément et t’étirer un peu…. juste pour être avec ton corps, avec ton bébé’ .Et oui, on en est là au Québec; c’est un défi pour plusieurs. Ou alors, je réfère vers le yoga, l’acupuncture, le journal, les cartes d’affirmations positives, etc… présence. À soi. C’est comme ça qu’on accouche.

Et je repars. Et on se parle, on s’écrit, et on se revoit. Une troisième fois, pour voir ce qui se passe dans les premières heures de vie de bébé…. Et aussi pour s’ajuster. Car, celle qui espérait une naissance sans interventions a peut-être appris que son bébé aurait besoin de soins néonataux poussés. Le couple est peut-être en déséquilibre. Un deuil est peut-être survenu. Celle qui voulait absolument sa péridurale se voit espérer autre chose. On s’ajuste, je les suis, inconditionnellement. On jase, aussi de l’allaitement. Des moyens de le favoriser, de le partir le plus simplement possible. Tranquillement on bascule vers le ‘après’, le retour à la maison avec bébé.

 

Puis, une dernière rencontre officielle avant le beau grand jour. Fébrilité et grosse bedaine. Parfois, aussi, appréhension et vertige. Bien normal…. Après toute leur réflexion, les parents sont prêts à me transmettre leurs priorités, leurs envies pour l’accouchement. On peaufine leur plan de naissance, on l’épure, le raffine, le ‘sympathise’ parfois 🙂  On prépare aussi l’arrivée à la maison; qui sera leur village ? Comment pourront-ils respecter leur rythme à eux, leurs besoins à eux, tout en suivant bébé ? Je leur proposerai de remplir un ‘plan de douceur au retour à la maison’. Ma douce relève viendra aussi passer un moment pour établir le contact…on clarifie les moments, les façons de se tenir au courant : ‘Oui, tu m’appelles même si c’est la nuit !’

Et puis en réalisant que la prochaine fois sera probablement proche de l’anniversaire de bébé, gros câlin et on se quitte. Sous promesse solennelle de petites nouvelles. Les journées s’égrainent, bébé termine ses petits sourcils, ses poumons, son foie, son cerveau…. On attend. Moi, dans ma vie de maman qui continue, tout est prêt. Au cas où. Dès 37 semaines.

Rendez-vous médical chaque semaine = téléphone chaque semaine. Je suis peut-être vieille, je préfère la voix au texto pendant ces semaines-là. C’est que voyez-vous, souvent les semaines qui précèdent l’arrivée de bébé mènent les femmes à une telle ouverture, ou plutôt peut-être à une telle intériorité, un tel besoin d’amour, qu’on se parle plus. Les idées bougent. Les angoisses reviennent. C’est que ça approche, pour vrai. Ok, une à une on les regarde ces idées, on les salue, trois petits tours et puis s’en vont.

  • M : ‘ Il y a quelque chose que je voulais te dire : ça se peut que je veuille être toute seule, on dirait que je ne suis pas certaine que je veuille que tu sois là, dans la chambre.’
  • Moi : ‘ je me mettrai où tu voudras, la belle. ‘

 

  • M : ‘J’arrête pas de rêver à la mort… pas la mienne, mais LA mort… c’est normal ? Ça veut dire quoi ?
  • Moi : ‘ C’est normal. Ce n’est pas prémonitoire. C’est ton inconscient qui te parle… toi, ça te fait quoi ?’

 

  • M : ‘ Mettons qu’on arrive dans un moment où mon chum pis moi… ben on est comme dans une énergie sexuelle… penses-tu que tu pourrais sortir ?
  • Moi : ‘Clairement !! C’est la plus belle chose que je puisse vous souhaiter ! ’

 

 

  • M : ‘Je ne suis plus sûre si je veux un AVAC. On dirait que je suis toute mêlée….’
  • Moi ‘ C’est correct, tu sais moi je vais te suivre peu importe ta décision. Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’inquiète ? Et ton homme, lui, il en est où ? ‘

 

  • Partenaire de M : ‘ Là ma blonde elle ne se repose pas du tout…. Penses-tu que tu pourrais lui dire de relaxer un peu ? ‘’
  • Moi : ‘Ok, et elle fait quoi ? Tu la sens stressée ? Vous en avez parlé déjà ?’

 

  • M : ‘Ils ont dit qu’il fallait me provoquer demain, ma pression est super haute…’’
  • Moi : ‘ Haute comment ? Et toi, comment tu vas ?’
  • M : ‘ Bof, j’ai comme toujours mal à la tête…et ils disent qu’il y a des protéines dans mon urine’
  • Moi : ‘ok…et ils t’ont dit quoi ?’’
  • M : ‘ Signes de pré-éclampsie… mais moi je ne voulais pas être provoquée ! Comment ils vont faire ça?’
  • Moi : ‘ On va prendre le temps de voir tout ça. Sois certaine que tu vas tout comprendre. (20 minutes plus tard)= alors, demain soir c’est ça, vous rentrez pour un cervidil ? Je peux y être avec vous. Si tout est tranquille je pourrai revenir au petit matin avant de partir le Synto, on va voir comment votre nuit va avoir été, et peut-être on pourra aussi essayer plein de choses avant le synto. L’important c’est que tu plonges dans ton expérience…

 

 

Puis….et bien un jour, bébé est prêt et c’est le moment…je pars. Avec l’impression de partir en voyage. Le trajet pour arriver à l’hôpital ou à la maison de naissance | domicile est toujours bienfaiteur. C’est que je délaisse doucement ma vie, mes pensées, ma planif familiale. Je laisse tout. Je mets de la musique forte, je chante. Je change de réalité, je m’ouvre. Et j’arrive…

Bon, ici, je referme discrètement la porte. C’est sacré, et intime. Je vous raconterai un jour, bientôt, l’intimité. La force folle de la naissance. J’ai plein de récits au four, et un grand projet qui va avec. Assurément, c’est beau. C’est chaud, c’est incroyablement fort.

FAV02- suspension

Dans l’intimité de la chambre d’accouchement… http://www.generophoto.com

Et on en ressort.

On se quitte, les yeux humides. (Les partenaires, je veux vous dire comment vous me touchez, comment j’apprécie la place que vous me faites dans votre équipe.) On se dit à bientôt, et je les vois sombrer dans un sommeil profond et mérité…. Aussi longtemps que bébé le tolérera 😉

Les jours suivants la naissance, je leur fais un coucou. Je me doute bien qu’ils sont très occupé.es, j’appelle quand même. On voit comment ils digèrent cet énorme passage.

Et je reviens les voir, chez eux. Avec un petit passager de plus…parfois, je suis surprise de voir leurs visages reposés, pas trop tirés. Souvent à ce moment surgit une amie, une grand-maman, un frère, les bras pleins de lessive, et alors je comprends que le village est là. À d’autres moments, je vois la grande vulnérabilité des humains. C’est avec toute ma tendresse que j’écouterai leur vécu, qui est TOUJOURS légitime. Que je refermerai le bassin de cette femme avec mon écharpe, pour l’honorer, pour débuter un travail de retour vers un corps post-partum. Que je regarderai comme ce petit bonhomme ou cette petite bonne femme s’attache au sein, ou pas, et les réactions de sa maman… et de son papa… que je référerai vers des personnes de confiance au besoin. Et puis je les quitterai encore, après leur avoir offert le récit de l’arrivée de bébé, après aussi avoir renommé l’importance de ne pas se presser. Ou plutôt oui, de se presser, l’un contre l’autre. Tranquillement.

Ce ne sera vraiment pas un au-revoir, comme j’aurai le bonheur de revoir M qui m’aura ré-invitée, avec ma partenaire, pour aller lui offrir un soin rebozo magnifique. Quelques semaines plus tard donc, on ira la bercer, la soigner, l’honorer, de tout notre cœur de femme.

 

Et puis, après la tempête, M aura besoin de raconter, encore. Elle me rejoindra au creux d’une tente rouge, avec 6 ou 7 autres femmes. Dans cet espace sécuritaire chacune pourra déposer ce qui aura besoin de se raconter ce jour-là. M racontera l’arrivée de son bébé…. Ce sera initiatique pour moi, qui était là, de l’entendre poser devant ces autres femmes son vécu. Ce sera parfait.

 

C’est vrai, ce sera parfait.

 

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