LA NÉCESSAIRE RENCONTRE

peau à peau coupéeC’est l’histoire d’un accouchement. En fait, pas vraiment d’un accouchement. C’est plutôt l’histoire d’une adaptation de bébé à sa vie aérienne. C’est l’histoire d’un bébé qui ne comprenait pas ce qu’il avait à faire. Comment respirer. Pourquoi respirer. Il lui manquait un indice.

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Ce bébé, il avait fait son chemin comme un grand, assez rapidement. Lui et sa maman avaient fait un travail extraordinaire. On a même cru, l’espace d’un vingt-minutes-à-130km-sur-la-117, qu’il arriverait dans l’auto. Mais non, il a laissé le temps à sa maman de monter jusqu’à sa chambre d’hôpital. Une fois arrivé, et bien il est né. Voilà. Sa maman debout, il a senti l’air sur son cuir chevelu pour la première fois. Sa maman a réussi à se mettre à 4 pattes sur son lit entre deux contractions et puis petit garçon a glissé complètement hors de sa maman.

C’est simple comme ça. Il est né, et puis on a attendu qu’il respire.

Pas très longtemps, car il n’a pas donné signe d’intérêt assez rapidement. Son cordon, qui l’oxygénait encore, a été coupé rapido pour qu’on puisse l’aider à respirer. Garçon a été amené sur la table de réanimation chauffante qui se trouve dans les salles d’accouchement. Table qui était environ à 5 pieds de sa maman. On lui a donné de l’oxygène, on a poussé les sécrétions dans ses poumons pour les dégager. On a peut-être fait autre chose, moi la doula j’étais avec la maman. Je la regardais devenir maman d’un garçon qu’elle n’avait pas encore pris. Je respirais. Expliquais. Attentive.

Garçon avait son papa. Et des infirmières, son médecin, son inhalothérapeute. Il vivait, son petit cœur battait bien, mais il n’arrivait pas à conserver son taux d’oxygène. 75%, 80%, 90%, on diminue l’apport d’O2…80%, 70%, 60% …on le tient. On remonte.

Ah oui, la maman. Rester avec elle. Elle était belle, pas si inquiète pour son petit. Elle savait qu’il respirerait, qu’elle m’a dit. Elle m’a même demandé d’aller rassurer son homme. Lui, il était aux premières loges et lui, il a pensé que son petit n’y arriverait peut-être pas. ‘’Parle-lui, il te reconnaît. Touche-le, ça va lui faire du bien… tu peux chanter sa berceuse, il t’entend.’’

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Suspendus dans le temps.

Au bout d’un moment, j’ai suggéré de mettre garçon sur sa maman. Je sais que ça aide les bébés. Ils sont moins stressés et vont mieux; rythme cardiaque, respiratoire, glycémie, température, tout va mieux. Super équipe a considéré, mais était très occupée. Ok.

Vague impression que bébé n’est pas là. Pas encore arrivé. Ça bouscule mes croyances, parce que mes croyances sur les histoires d’avant et après la vie je ne les connais pas vraiment. Je ne les ai pas encore nommées, pas vraiment. Mais garçon, il n’est pas encore là. Vague impression qu’il ne sait pas quoi faire. Comment, et pourquoi le faire. Je l’appelle. Je re-demande un câlin maman-bébé. Je sens l’ouverture mais aussi l’inquiétude.

J’en ai vu plusieurs, des petits qui ont eu besoin de soins pour respirer. Mais garçon, celui-là, il a eu besoin de plus de temps. Après plus d’une heure, on décide de l’amener en pouponnière pour le surveiller. Et rayonner ses poumons pour voir. Pour écarter les causes mécaniques. Alors je demande un bisou de maman avant de partir. Des minutes de câlins. L’attachement, que je me dis. L’allaitement, que je me dis. La rencontre, que je me dis.

Alors là, alors là… ce que j’ai vu, c’est de la pure magie. De la magie de maman. De la magie d’amour. Garçon déposé sur sa maman (avec son saturomètre) s’est mis à faire ce qu’il n’avait pas encore fait; travailler pour respirer. Tousser. Bouger, s’étirer. Rosir. Respirer. Chercher le sein.

Moi ? J’aurais aimé voir ma binette. Je devais avoir les yeux grands comme le soleil tellement ça m’a fait plaisir. La vie qui vit, moi, ça me rend heureuse. C’est pour ça que je jardine. Que je regarde les oiseaux, que j’aime le vent. C’est pour ça que je suis doula. Voir garçon prendre goût à l’aventure grâce à la rencontre avec sa maman, c’était comme quand je lève la tête au ciel, la nuit, et qu’une étoile filante me salue. Je pense encore, à presque 40 ans, qu’elle est juste pour moi. Ce moment de rencontre fut un clin d’œil pour moi, la doula. Je le savais. Je le savais dans ma tête depuis longtemps (freak) que c’est important le peau-à-peau immédiat; je l’ai appris, je l’ai lu, je l’enseigne. Mais cette fois je le savais dans mon cœur.

 

Quand naissent les bébés, il existe un espace-temps unique. Un temps pour eux pour apprendre à respirer, sentir l’air sur leur peau. Tous les mammifères ont une séquence comportementale qui les amène à se nourrir. Nous les humains, c’est sur la peau de notre maman qu’elle se fait. Avant de se nourrir, garçon devait respirer mais il lui manquait un indice. La peau de sa maman. Son chemin.

J’aurais voulu pouvoir tenter l’expérience : l’amener sur maman avec toutes ses machines. Juste pour voir. Aurait-il compris plus vite ? Peut-être, on ne le saura pas.

Garçon a quand même été amené, avec son papa, en pouponnière. On a vu que rien d’anormal ne l’affectait. Puis, quelques minutes à peine après son départ, il est revenu sur sa maman. Pour ne plus la quitter. Il a bu, a dormi, comme tous les bébés.

Il avait besoin de sa maman. C’est normal. C’est une histoire d’amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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