ÊTRE MAMAN: LE CHAOS D’AMOUR

C’est comme ça. Quand on grandit, c’est le chaos.

Tout le temps. Grandir, c’est accepter qu’une partie de soi, qui nous a permis de tenir debout, ne tienne plus. La laisser partir, pour se polir avec amour; et devenir une meilleure version de soi. À force de voir des familles se tricoter, je suis convaincue que ce passage en est un grand. Il est merveilleux, il est plein d’amour, mais il est exigeant… et souvent un peu chaotique.

Grandir, c’est traverser la tempête. Les grands passages de la vie, c’est comme une tempête. De vent. Qui élague, dérange, qui fait le tri. Après son passage, ce qui reste c’est ce qui a tenu. C’est à partir de là que l’on peut reconstruire, sur nos fondements les plus fiables et précieux. Le reste, à la mer.

 

L’avant-bébé, déjà, peut être mouvementé. On l’attend, on le rêve, on repousse, on trouve ça trop long, ou trop vite, ou pas avec le/la bon(ne)… on s’imagine parent idéal, avec bébé idéal. On s’attache. On se regarde, se mesure : ‘serai-je assez bon(ne)?’ En tout cas on plonge. J’ai surtout envie que l’on se penche vers les chaos avec bébé…

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Chaos physique de la grossesse

On s’ouvre du système cardio-vasculaire, de l’utérus, de la cage thoracique, du bassin, du cœur et du psychisme. On se sent ralentir, fatiguées, distraites, ou rayonnantes, ou patate. En tout cas, on sent que ça change, là-dedans. Pour le mieux, mais vite et beaucoup. Certains jours on aime, d’autres pas du tout. Ambivalence.

 

Chaos psychique

On est ouvertes, ouvertes. Tellement que des rêves étranges ou des vieux souvenirs traversent de ce côté-ci de notre conscience. On fait du ménage. Déjà c’est gros ! ‘ Je vais donner autant d’amour que j’en ai reçu’…’je ne serai pas comme mes parents…’…

On s’attache à notre crevette, on y tient fort fort, tellement qu’on a peur que quelque chose ne se passe pas pour le mieux. Des tests qui sont là pour écarter les problèmes nous fournissent parfois de quoi s’inquiéter de ne pas être ‘NORMALE’, pendant une grossesse ‘NORMALE’ d’une bébé ‘NORMAL’.

Des mécanismes de défense qui nous ont couverts comme une carapace et permis d’avancer ne tiennent plus. Comme craquelés par ce gros ventre. Tout notre être nous demande de s’en délester. À la mer. C’est vertigineux parfois car sous notre carapace nous savons que notre bijou de vulnérabilité est là. Et sans nos carapaces, que pourrait-il se passer ?  À la mer.

Pour avancer dans cette grande transformation, nous avons besoin de temps, de présence. De compagn-ons-es. Besoin de faire des allers-retours. Ambivalence.

 

Chaos social

Autour de nous, ça grouille. Quand on est chanceux, on a une tribu autour qui a confiance en nous, en nos capacités à bien choisir et à être les meilleurs parents du monde. On côtoie des plus vieux qui nous parlent de leurs vécus, on a des amis ou des parents qui savent être à la bonne place pour nous.

Ou bien ça grouille autrement; on nous touche le ventre sans gêne, ou on nous déverse dessus des histoires d’horreur d’accouchement… on voit partout des images irréalistes qui nous font parfois douter de notre compétence; des femmes enceintes, radieuses, ayant pris juste-assez-de-poids-exactement-aux-bons-endroits, performantes. Et puis des images de nouvelles familles en contrôle, calmes, organisées, avec des maisons propres et belles et des chambres de bébé à 10 000$. Ouf. C’est quand on essaie de répondre à toutes ces exigences que le stress arrrive à nous tendre les épaules. Et le front.

 

Chaos contrôle

Ah…le contrôle. Illusion s’il en est une. Eh non, jamais nous ne contrôlerons la vie. Et certainement pas le processus de l’arrivée d’un bébé… Ni le moment, ni le vécu, ni la manière…la grossesse est une belle période pour commencer à cesser les projections. Non, on n’accouche pas toujours comme nos mères. Non, on ne sait pas quand on va accoucher. Oui, parfois on doit ralentir le travail et le social parce que notre bébé a besoin d’espace dans notre corps, notre cœur, notre temps.

La seule certitude possible est celle du moment où nous nous trouvons maintenant. C’est tout. Une grossesse après 40 ans, un AVAC, un col ouvert à 2cm un peu tôt ? Un 4e bébé, une histoire familiale d’accouchements prématurés, une tolérance à la douleur ? ÇA NE NOUS DIT ABSOLUMENT RIEN sur l’histoire de cette naissance qui s’en vient. Toute projection est une illusion. Des professionnels se chargent de mesurer nos corps et nos bébés pour écarter les risques. Nous, comme mères, notre travail c’est de prendre soin de nous, de bien s’alimenter, de prendre du temps dans notre corps à tous les jours, de bâtir notre complicité avec ce bébé. Il nous raconte sa vie par ses coups de pieds, il est toujours à l’écoute.

 

Chaos d’accouchement

Alors là. C’est à l’accouchement que ce chaos se matérialise le plus. Comme si toute l’histoire de la création de ce bébé, avec tous ces chaos, était là pour nous apprendre à accoucher. Parce qu’en accouchement, les carapaces qui peut-être auraient tenu le coup s’envolent. À la mer les carapaces, à la mer nous devons nous abandonner. Tout lâcher. Physiquement, psychiquement, dans notre cœur et notre temps, la seule chose qui doit exister c’est l’espace.

De l’espace pour accueillir la vraie histoire de naissance de ce bébé. De l’espace dans l’agenda. De l’espace pour toutes les possibilités de déroulement. De l’espace pour le temps que cela peut prendre. De l’espace pour qu’il vienne à notre rencontre à travers notre corps. De l’espace pour partir, loin des autres, dans l’oeil de notre tourbillon d’accouchement. De l’espace pour bouger. De l’espace pour être libre. Être animale. De l’espace pour devenir sa maman. De l’espace pour son papa ou sa mamou ou son clan. De l’espace…. Voir l’espace entre les contractions, le vouloir cet espace.

 

Chaos post-natal

D’abord, le chaos immédiat. Bébé est né. Nous ne sommes pas encore revenues. Il nous faut un temps, des secondes, des minutes ou des heures, pour revenir de cet espace d’accouchement. Parce que c’est un peu le chaos à l’étage de notre identité. Fille, femme, mère, humaine. On fait des allers-retours entre toutes pour se rassurer. La fille est ok. La femme n’a pas explosé. La mère, ébahie, arrive. L’humaine poursuit la lignée. Ok. Atterrissage.

Puis le chaos des jours suivants. On est encore si ouvertes, à cette nouvelle relation, à cet allaitement, dans ce corps encore ouvert. Les émotions, la responsabilité. Le couple qui devient famille. Ça grouille.

 

Chaos dans la maison

Et puis c’est le retour. Les jours de visite. Le besoin viscéral que l’on prenne soin de nous, que l’on remplisse notre tasse d’amour pour pouvoir à notre tour prendre soin de notre crevette devenue bébé-phoque. Besoin de soupes chaudes, d’espace pour nommer nos interrogations, besoin de prendre nos repères.

Besoin de temps; ce ventre maintenant vide de bébé, ces seins lourds et chauds, cet allaitement, besoin de temps…. Alors que l’on pensait parfois pouvoir revenir enfin à la femme que nous étions avant rapidement, chaos. Rythme du bébé. Besoins du bébé. Amour infini. Sollicitation inouïe.

Les priorités qui se bousculent à la porte avant que l’on abdique: pour un temps, la maison sera un chaos. Que quelqu’un d’autre s’en occupe. Alors là on pourra se reposer.

 

Chaos dans ton plan de vie

Et oui… devenir une maman change beaucoup de choses. Artistes, femmes d’affaires, camionneuses, comptables, voyageuses, régisseures, ingénieures, caissières, yogis, présidentes, éducatrices, psychologues… peu importe. Mamans d’abord. Créatrices d’humains. Ça chamboule souvent quelques plans. Ces minis ne seront autonomes qu’après bien des années. Nous serons prêtes à les regarder s’envoler après autant d’années ( minimum 😉 ).

On me demande souvent; ça dure jusqu’à quand, le post-partum ? Quand on comprend que post-partum veut dire ‘après l’accouchement’, j’oserais dire que l’on le reste pour toujours.

 

Ce chaos des enfants qui arrivent, c’est un des plus beaux. Ils nous obligent à jeter à la mer nos vieilles choses lourdes et ridées. Ils nous veulent saines, solides, sensibles, légères. À la mer, les carapaces.

 

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