LENDEMAIN DE VEILLE DE DOULA

image tirée de  littlesunshine.blogourt.fr

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Vous avez déjà bu une tasse d’oxytocine, d’endorphines et d’adrénaline ? Au lendemain d’une naissance, au retour à la maison, c’est une drôle de bulle qui entoure la doula.

Après avoir ouvert mes antennes à EXTRA-WIDE pour soutenir une mère qui vit un passage des plus importants, après avoir veillé au bon vécu du père, après avoir, je l’avoue, souvent frôlé mes propres peurs et mes limites de fatigue, me voilà qui rentre au nid familial. Le coeur tout gonflé de plein de choses; de l’admiration ( plein, toujours), de l’amour ( toujours), parfois aussi de moins douces choses. Les parents m’invitent dans leur bateau, j’embarque. Alors parfois je reviens à la maison comme une petite barque de bois vieilli rentre d’une traversée de l’océan. Je l’avoue candidement, et je sais que je ne suis pas seule ainsi, n’est-ce pas, amis accompagnantes à la naissance, sage-femmes, infirmières et médecins ? Travailler proche d’une naissance nous amène à farfouiller dans toutes les émotions du monde.

Nous, les doulas, travaillons dans une zone innomée. C’est ce qui fait la beauté de notre métier; nous enveloppons les parents de toute notre tendresse mais ne faisons pas partie de la famille… nous sommes au fait de la physiologie d’un accouchement, des utilités et incidences des interventions médicales et surtout de l’environnement propice au bon déroulement de la naissance; en contexte hospitalier, nous travaillons fort  à préserver ces conditions, mais nous ne sommes pas membre de l’équipe hospitalière. Nous sommes en grande majorité travailleuses autonomes et donnons donc chacune une couleur personnelle à nos accompagnements, nos clients deviennent parfois des amis ( en tout cas on les aime tous !! ), nous savons décoder le langage médical de l’obstétrique, nous apprenons à tenir l’espace autour de la femme qui accouche en nous reliant à plein de choses étranges comme notre intuition, notre présence à nous-mêmes… nous passons des heures à comptabiliser nos factures et nous avons parfois besoin de week end de ressourcement personnel pour pouvoir continuer ! Drôles de bibittes…

Au retour d’une naissance, avant de sombrer dans un sommeil proche de l’état végétatif, j’ai souvent besoin de mettre sur papier mon vécu de l’arrivée de ces bébés. Question de m’assurer une vraie profondeur de sommeil et non une compétition de hamsters qui tournent sans cesse la roue de cet accouchement tout frais. Car nous, les accompagnantes à la naissance, ne faisons pas de  » debriefing » d’équipe après une naissance. Nous sommes seules avec nos  » et si… »,  » ah, c’était donc ça.. » et nos  » j’aurais peut-être pu…  ». La charge émotive d’un accouchement est toujours belle et grande, vous vous imaginez bien. La coucher sur papier pour pouvoir me reposer et me recharger me libère beaucoup. D’autres la dessineront, la peindront, la marathonneront, la raconteront ( euh, oui, moi aussi je monopolise parfois mes proches et mes collègues pendant de grandes minutes * merci mon amoureux, Isabelle et ma maman !! * Ne vous en faites pas pour la confidentialité; je parle de décharge émotive ici, et pour ce faire nul besoin de nommer de noms 🙂  )  Ensuite, je sombre pour le plus d’heures possible dans ma doudou.


J’ai donc envie, aujourd’hui, de vous partager un simple et court récit, écrit tout d’un jet quelques heures après une des magnifiques naissances que j’ai eu la chance d’accompagner. Elles le sont toutes, magnifiques. Ce que je trouve le plus magnifique, moi, c’est de voir le courage, le courage, et le courage de toutes les femmes au moment de rencontrer leur bébé. Tous les déroulements me touchent aussi profondément, je tiens à le mentionner.

Voici donc un simple petit texte de doula en lendemain de veille, la tasse d’oxytocine, d’endorphines et d’adrénaline encore à la main.

 » Dans le secret de la nuit, parfois de gros bébés font leur chemin en glissant comme des petits poissons. De gros bébés qui ont permis à leurs parents d’apprendre la patience au long des jours qui se sont ajoutés à la date ‘prévue’ de leur naissance, la confiance en la perfection du processus. Parfois, dans le silence d’un étage hospitalier quasi-désert, une magnifique femme se laisse traverser par une force, un ouragan qu’elle croit bien plus fort qu’elle. Elle touche ses peurs, sa puissance, sa vulnérabilité, son courage..comme toutes les mères au moment de la naissance de leur bébé, elle apprivoise sa tornade. Un homme reste tout près, avec du calme dans les mains et l’étincelle au fond des yeux. Puis arrive doucement la maman de la maman. Quelle tendresse. Ce qui passe entre les mains de la mère(grand) et les joues de la mère… Parfois de gros bébés viennent en glissant goûter un peu à ce monde rempli d’air, puis découvrent goulûment le bonheur d’être au sein de celle qu’ils connaissent déjà si bien. Parfois c’est aussi simple que ça. Toujours intense, toujours magnifique, toujours plus grand que ce qu’on en sait. Et parfois, la doula privilégiée est lovée au creux de la nuit… »

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