3 JOURS APRÈS L’ACCOUCHEMENT: BLUES ET ROCK&ROLL

 

 

30 mars 2006: Exténuée, bouleversée, le regard vers mon nouveau bébé.

30 mars 2006: Exténuée, bouleversée, le regard vers mon nouveau bébé.

« Repose-toi, surtout ! ». J’avais entendu, je n’ai pas écouté.

 

Vous auriez du me voir, 3 jours après la naissance de ma première fille : Des seins de béton douloureux qui me prenaient toute la tête, le corps encore chancelant, comme désaxé, une soif incroyable, un bébé neuf que j’aimais TELLEMENT que j’en sanglotais chaque fois que je la regardais. J’ignorais ce que j’allais en faire, de tout cet amour…et puis « est-ce que je vais arriver à la garder en vie, moi ? » Mon amoureux qui me regardait l’air de dire «  euh…. ».

Pas trop de visite. Non, je n’en voulais pas beaucoup. Pas trop d’aide non-plus ; « À deux on sera bien assez pour assurer, et de toute façon j’aime mieux être toute seule. J’ai besoin de me concentrer pour allaiter. » Déjà, à laver des couches en peine nuit ; « voyons, ça produit, cette petite machine-là ! » parce que moi, monsieur, je ne polluerai pas, et TELLEMENT toujours faim !! Ajoutez à ça très peu d’heures de sommeil en 3 jours à pas moyen de dormir avec près de moi cette merveille. Tout ce que je voulais, c’était la regarder, l’écouter, m’assurer que tout allait bien. «  C’est bizarre comme c’est bruyant, un bébé naissant qui dort-ronronne-respire-ronchonne-succionne… » M’en occuper. Mon bébé.

En puis j’étais excitée par ma nouvelle aventure, j’étais ENFIN une maman ! Il y avait aussi, beaucoup, mon accouchement qui tournait en boucle dans ma tête, surtout la nuit. Dès que je glissais dans un demi-sommeil. J’essayais d’analyser ce qui avait été la journée la plus intense, basculante, étourdissante, déroutante de ma vie. À quelle heure, combien de temps ? Qui a dit ? Qui est entré ? Placenta ? Accouchement qui s’était bien passé. Imaginez.

 

DÉLUGE :

Donc, 3 jours après mon premier accouchement, ma sage-femme vient me voir chez moi. Elle cogne doucement, entre, je vais vers elle (ouille, lourdeur au périnée…) Du bout du corridor, elle me dit :

«  Salut ! Comment ça va ? ».

Oups. Les valves qui ouvrent.

J’hésite, je dis : «  J’SUIS FATIGUÉE !!!! » et je pleure, je pleure, je pleure… 

« UNE CHANCE QUE TU ÉTAIS LÀ ! » et je pleure et je veux des câlins…          

«  MAIS ÇA VA BIEN »…. Et mon amoureux, qui me regarde, l’air de dire : « Euh… ».

 

30 mars 2006. Bizoux. On ne le voit pas mais les sanglots m'étouffaient !

30 mars 2006. Bizoux. On ne le voit pas mais les sanglots m’étouffaient !

Puis ma mère qui vient faire de la lessive (et un peu s’assurer que le petit monde va bien). On prend des photos de moi-maman qui embrasse mon bébé : « bouhouhou… je l’aime tellement … ». Elle se prépare à repartir. Et mon amoureux qui se prépare à aller….

QUOI ?

«  Je ne peux pas rester toute seule ( pleurniche-pleurniche)… reste avec moi… ».

Et mon amoureux qui me regarde l’air de dire : «  OUI. »

OUF.

 

 

Voilà , mon premier troisième jour de post-partum. Intense et normal. Rentrée à la maison depuis 24 heures déjà, avec mon amoureux, d’un accouchement sans complications et à la hauteur de mes désirs. Imaginez quand on sort seule, ou déçue, stressée ou choquée de l’expérience.

 

8 ans plus tard, 2 autres 3eme jours de post-partum plus tard, accompagnante à la naissance, j’aime sentir l’énergie tournoyante de ces jours d’adaptation, encore dans la naissance mais aussi un peu dans la « vraie » vie…À mon tour d’ouvrir la valve !

 

Après la lecture de ces souvenirs, vous comprenez l’importance que j’accorde au soutien aux relevailles. Et pourquoi j’en fait.

 

 

 

MAIS POURQUOI CE TOURBILLON, ET QUOI EN FAIRE ?

 

 

 

Ce qui se passe le troisième jour :

 

On s’adapte à notre nouveau rôle* :

C’est pour beaucoup de mères qui accouchent à l’hôpital, le premier jour à la maison avec bébé. Celles qui accouchent en Maison de Naissance réintègrent leur foyer plus tôt lorsque tout est normal, mais les mêmes processus se passent. On est dans le cœur du passage au devenir mère, ici. Tout se matérialise. Le bébé réel est là, avec ses besoins. Devant la fréquence et l’ampleur des adaptations nécessaires, beaucoup de sentiments contradictoires immergent ; besoin de repos ( plus facile qu’à l’hôpital), réponse parfois exigeante aux besoins fréquents du bébé, début de bilan de l’accouchement ( et selon le vécu, c’est gros !) , attachement intense, peur de ne pas arriver à répondre aux besoins de notre bébé adéquatement, anxiété, grande joie, envie de présenter le bébé aux proches, défis dans la mise en place de l’allaitement qui menacent parfois notre confiance, inquiétude pour notre bébé, envie de rester au lit collée avec bébé ( et papa !), fatigue intense, négociations et début d’organisation familiale, préoccupation de son propre corps ( périnée, hémorroïdes, engorgement aux seins, tranchées… on y reviendra.) Ce n’est pas rien !

*Si ces phénomènes sont souvent plus aïgus pour un premier bébé, ils sont aussi très présents lors des naissances subséquentes. On devient toujours mère « de ce bébé-là » pour la première fois…

 

La montée de lait et l’apprentissage de l’allaitement :

Suivant le déroulement de l’accouchement et des premières heures de vie du bébé, c’est entre le 3e et le 5e jour que le « lait » des premiers jours ( le colostrum) , précieux et tellement riche, se transforme en « vrai » lait. Comment ?

La grossesse est terminée -> oestrogènes + progestérone au plancher.

Le bébé tète souvent, est en contact peau-à-peau avec sa mère qui est calme et confiante -> oxytocine+ bêta-endorphine + prolactine au ciel, idéalement.

Ces changements hormonaux participent aux bouleversements émotifs de cette période, mais n’en sont pas les seuls responsables, comme on l’a vu plus tôt… ( Non, nous ne sommes pas des hystériques J )

Revenons à notre montée de lait ; Plus votre bébé aura tété souvent pendant ses premières 36 heuresde vie et plus il aura été en peau-à-peau avec vous, plus le lait « arrivera » tôt et abondant. La montée de lait dure généralement entre 24h et 48h. Elle est souvent très « prenante » pour les mères ; « arrivera-t-elle, quand, aurai-je assez de lait, est-ce normal ce que je sens, oh la la j’ai des seins de béton !! » Certaines femmes ne sentent pas beaucoup de changement (ce qui n’indique PAS une insuffisance de production !) d’autres ressentent chaleur et lourdeur dans les seins, d’autres auront à gérer de l’engorgement ou un bébé envahi par une vague de lait ! Et toutes les mères et tous les bébés ont besoin de temps pour apprendre leur propre relation/modèle/technique d’allaitement.

 

 

Le possible blues du 3 e jour :

 MONTÉE DE LAIT = MONTÉE DE LARMES !

De tout ce que l’on vient de voir découle souvent le fameux « blues » du post-partum, qui   dure en général quelques jours/semaines.* On pleure, on doute, on adore, on est impatiente, on bécote, on cherche, on est fière, on est irritable, on craint, on apprend… on grandit ! J’ai l’impulsion de croire qu’il est sain, ce blues …il est peut-être simplement l’expression d’un grand passage. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’il est passager ? Il ne s’agit pas de le banaliser ; l ’entourage doit rester vigileant et supportant. Il doit reconnaître la grandeur de ce que vit la mère et lui permettre de l’exprimer. Ce blues, on ne veut pas qu’il s’installe et s’étire en dépression ou pire encore. Pour s’aider, s ’accorder le droit d’extérioriser ce qui nous préoccupe, raconter notre accouchement, se reposer, être tendre avec soi-même, pleurer, bien s’entourer, garder confiance… Tout ceci est normal, et passager.

*Dans nos sociétés, 80% des femmes vivraient un épisode de blues post-partum.

Source : http://www.groupelesrelevailles.qc.ca/la-depression-postpartum-au-dela-dune-simple-statistique/

 

 

 

 

 

 

VOICI CE QUE LA DOULA-VIEILLE TANTE RETIRE DE SES PROPRES 3EMES JOURS ET DE SON DÉBUT DE VÉCU D’ACCOMPAGNANTE…

 

Je vous renvoie la leçon, vous me voyez venir…parce que je l’ai traînée ma fatigue, différemment à chacune de mes 3 expériences ; plus vous vous accorderez de repos et de pause dès les premiers jours et pour le premier mois, plus vite la grande fatigue normale passera.

Il est important de prendre soin de cette fatigue pour faciliter la récupération, l’adaptation, l’allaitement, l’attachement, et mettre toutes les chances de son côté d’éviter la dépression post-partum.

Il est d’ailleurs d’usage de permettre une période de repos total dans plusieurs cultures…dans lesquelles on relève moins de dépressions post-partum qu’en Occident. Aperçu : http://www.babyzone.com/mom/postpartum-depression/postpartum-care_68591

 

Pourquoi ne pas profiter de ces jours où votre bébé est tout neuf, où il sent si bon, où il ne souhaite que dormir contre vous… ils ne reviendront pas ! Donnez-vous le temps de raconter sa naissance à votre bébé, laissez-le vous raconter son histoire, prenez le temps de sentir l’extrême douceur de ses petites fesses, ses mouvements SUR vous alors que vous les sentiez EN vous il y a peu de temps, de sentir son odeur unique que la mamammifère que vous êtes reconnaît… vous comprendrez plus vite ses besoins, vous vous rassurerez sur vos compétences, vous lui offrirez la sécurité dont il a tant besoin pour bien atterrir… que du bon !

 

 

TRUCS DE LA DOULA-VIEILLE TANTE EN PÉRIODE POST-PARTUM PRÉCOCE

( à imprimer, découper et afficher sur le frigo quelques semaines avant l’accouchement.   )

 

   ˚Gare au syndrôme de la super-woman!

˚ Ne s’occuper que de soi et d’allaiter ( le cas échéant) quand c’est possible. Faire que ce soit possible.

˚ Manger en allaitant, dormir quand bébé dort

˚Faire 2 siestes par jour minimum pendant les 2 premières semaines

˚Faire une sieste par jour minimum pendant les 2 semaines suivantes

˚Allaiter aussi couchée  ; cela permet de continuer à se reposer pendant que bébé se nourrit

˚Utiliser son porte-bébé, pour libérer les mains et pouvoir faire chauffer son repas…

˚ Ne pensez pas tout de suite à perdre les kilos accumulés pendant la grossesse. Nourrissez-vous      bien, et souvent.

˚Avoir demandé des repas maison riches en fer et protéines comme cadeau de naissance

˚ Des collations fréquentes, riches en vitamines, minéraux, protéines, vous soutiendront pendant ces jours intenses. Boire au-delà de votre soif de l’eau, des jus, des tisanes adaptées.

˚ Envoyer un message clair aux gens qui vous aiment et viennent vous visiter ; ce n’est pas le temps de leur servir un café ; rester dans votre chambre, en pyjama…ils sentiront votre besoin de repos.

˚Établir ses priorités ; accepter le désordre temporaire ; le ménage DOIT figurer en toute dernière place !

˚Avoir établi une liste des personnes pouvant apporter leur soutien pendant les premières semaines ; ne pas hésiter à demander, et à être claire dans vos demandes. Après tout, les gens qui sont à vos côtés sont bien là pour votre bien-être !

˚Ne pas hésiter à faire appel aux services offerts dans votre communauté ou par vos proches, pour des repas, des tâches ménagères, etc…

 

…SE RAPPELER QUE ÇA PASSE…

 

 

LES TRUCS DE LA DOULA-VIELLE TANTE POUR ESPACER LES VISITES

ET FAVORISER LE REPOS

(en fait ce sont des phrases entendues chez plusieurs futurs/nouveaux parents, elles ne sont pas de la doula vieille-tante 😉

 

« On va prendre la journée pour se reposer, mais si tu peux nous cuisiner quelque chose… »

« On vous attend, mais vous apportez le repas et vous faites la vaisselle ! »

« Les heures de visite sont : Lundi, mercredi & vendredi, de 15h à 18h ! »

« Nous sommes fermés pour 2 semaines. De retour bientôt ! »

« Nous vous inviterons dès que nous serons sur pied ; nous avons bien hâte de vous le présenter ! »

« On a déjà ma mère et la voisine qui viennent demain après-midi ; venez donc en même temps ! »

« Voilà mon bébé ; tu le prends pendant que je prends une douche ? »

 

…IDENTIFIER ET NOMMER SES BESOINS…

 

 

En clair, comme m’a dit ma sage-femme ce troisième jour suivant la naissance de ma première fille…

«  On dit toujours que la maternité c’est merveilleux ; mais on n’a jamais dit que c’était facile. »

 

 

Sources :

 

Isabelle Brabant, « Une naissance heureuse », Éditions Fides

Dre. Bernadette de Gasquet «  En pleine forme après bébé », Éditions Marabout

Ina May Gaskin, « Le Guide de l’allaitement naturel », Éditions Mama

Dr. Jack Newman, « L’importance du contact peau-à-peau » : http://www.breastfeedinginc.ca/content.php?pagename=doc-ISSC-fr

 

http://www.groupelesrelevailles.qc.ca/la-depression-postpartum-au-dela-dune-simple-statistique/

 

 

10 réflexions sur “3 JOURS APRÈS L’ACCOUCHEMENT: BLUES ET ROCK&ROLL

  1. Très très très émouvant!!Enceinte de 4 mois, mon premier. Je ferai lire votre article à mon chum!Un gros merci,Hélèna

    Hélèna Smolla-Déziel, B.A., M.A psychopédagogie en cours
    EnseignanteIntervention éducative et sociale par la Nature et l’AventureFormation par l’action450-744-0451

    Date: Thu, 10 Apr 2014 16:52:39 +0000
    To: helenas_deziel@hotmail.com

  2. Très bon texte illustrant bien la réalité des premiers jours suite à un accouchement… On parle beaucoup de la grossesse et de l’accouchement mais très peu de l’après. Bravo… En espérant que les femmes s’écoutent pour leur bien-être et celui du bébé.

  3. Merci pour ce super billet, que toutes les nouvelles mamans, et même les déjà mamans, devraient lire! C’est vraiment important d’être bien entouré et de clarifier nos besoins, juste avant ou juste après un accouchement!

    Petit bémol, par contre… En ce qui concerne le fait de pouvoir éviter une dépression… Oui, c’est sûr que le fait de se reposer, de se donner les moyens de bien commencer l’aventure, ça PEUT aider à éviter une dépression… Mais il arrive que toutes les circonstances soient réunies pour que tout aille bien, et que la maman sombre quand même dans la dépression! Pour en avoir vécu une, je dirais que la dépression, c’est LA chose sur laquelle on n’a absolument aucun contrôle… Alors, au lieu de dire « éviter la dépression », je dirais plutôt quelque chose comme « mettre toutes les chances de son côté pour éviter la dépression »…

    Merci pour ce billet essentiel! C’est vraiment juste un petit bémol de rien du tout, rien de majeur!

    • Merci 🙂 Oui, je suis parfaitement d’accord pour ce bémol ! Disons donc, alors  » mettre toutes les chances de son côté pour éviter la dépression  ». Vraiment . 🙂

  4. Bravo Amélie et surtout MERCI…!
    J’ai moi-même mis au monde en mars 2006, une petite…Amélie ! Je me retrouve complètement dans ce que tu racontes avec tant de justesse et pour avoir vecu ces fameux 3e jours à 2 reprises, je te remercie de m’avoir fait partager ton ressenti…cela me touche intensement. C’est aussi pour cela que je suis devenue Doula, comme toi, pour accompagner les femmes au retour à la maison puisque cette etape est aussi delicate que cruciale.
    Voici mon nouvel outil d’accompagnement pour les mamans, les couples que j’accompagne…MERCI MERCI MERCI à toi
    Bises tendres.

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