MES ACCOUCHEMENTS; SOUTIEN À NOS SAGES-FEMMES

Accouchement de Lorie, transition . Maison de Naissance de Pointe-Claire, 2010

MOI, DOULA. MES ACCOUHEMENTS; SOUTIEN À NOS SAGES-FEMMES

Je suis fascinée par tout ce qui pousse. Le corps, les enfants, les êtres, mon jardin, la vie !
J’aime beaucoup sentir le mouvement. Du corps, du temps, des relations, de ma personne.

C’est à 7 ans que j’ai eu la chance d’assister à une première naissance ; celle de ma petite sœur. Je me souviens avoir été impressionnée mais pas apeurée. Je me souviens avoir eu confiance en ma mère, et avoir adoré ce petit bébé, dès le moment où je l’ai prise dans mes bras. Ma sœur était au monde depuis à peine quelques minutes… je me suis dit : « mmm, ça sent bon ! » puis j’ai eu envie de pleurer. Je ne pouvais pas, alors, comprendre que j’étais émue pour la première fois de ma vie.
Reconnaissance envers mes parents, qui ont compris la force de cet élan pour la naissance qui m’animait déjà.

 
Puis, une deuxième expérience ; celle d’assister à une naissance à domicile, chez des amis. Début vingtaine, je devais en principe accompagner la grande sœur du bébé à travers ce jour-là. Mais la grande sœur, au moment de la naissance, dormait paisiblement. Je me suis donc retrouvée, lovée dans un coin, écrasée par la puissance de se qui se passait. Ce fut une naissance merveilleuse, forte et heureuse. J’en eus pour quelques jours à redescendre sur terre.  J’avais reçu une douche d’hormones de l’amour !

 
Puis, ce fut mon tour.
Une première grossesse très attendue, désirée, cajolée. J’aimais prendre du temps seule avec ma bedaine, nager, imaginer ce que devaient être les sensations d’un accouchement. J’avais choisis pour cette grossesse un suivi avec une sage-femme. Une toute petite sage-femme, discrète, patiente.  Zaza. Elle a répondu à toutes mes interrogations, a respecté mes choix. Le jour de la naissance, j’ai baigné presque tout mon travail dans le bain. Je n’avais pas peur, j’étais emportée et parfois étonnée de l’être autant. J’ai poussé ma fille assez longtemps, avec à côté de moi la patience infinie de celle qui savait que j’étais faite pour mettre mon bébé au monde. J’ai enfin accueillie ma fille, elle a su se nourrir, nous regarder… incroyable. Notre famille existait désormais. Incroyable. Avec le recul je sais que cette naissance a été un grand coup de vent frais sur mon identité, mon couple, ma vie. Encore aujourd’hui, Madeleine a besoin qu’on respecte son rythme à elle et elle nous conduit au travers des étapes de sa croissance…

 

 

Au milieu d’une construction dans la forêt, un deuxième petit bébé vint se nicher en moi. Cette grossesse a été plus mouvementée, j’avais les bras pleins de ma première fille, de bois de construction, de travail à poursuivre en ville…cette grossesse a été le temps d’une grande fatigue, d’une anémie aussi. Ce bébé a tout essayé pour m’apprendre à moins en faire ! Je me souviens de belles soirées, à huiler ma bedaine qui signalait son étirement, et de promenades, seule, pour m’occuper un peu de ce petit bébé discret. Toujours à mes côtés, ma douce sage-femme, que j’étais si heureuse de retrouver. Au jour de la naissance, jour de pleine lune, j’ai vécu un début de travail marqué par la peur. J’avais peur de ne pas savoir bien prendre soin de 2 bébés, peur d’aimer moins ce nouveau bébé que ma fille, et il faut dire aussi que je me souvenais encore bien de la première fois ! Arrivée aux instants de l’accouchement où la poussée était imminente, j’aurais bien voulu cesser et retourner tranquillement somnoler chez moi ! Alors, « ma » belle et sage-femme, avec quelques paroles fermes et encourageantes, a stimulé en moi le désir de m’ouvrir et d’accueillir ce bébé.  J’ai lâché.  D’accord.  Allons-y. Et dès ce moment, une contraction un peu plus forte que les autres a fait jaillir le liquide amniotique hors de moi, et quelle puissance ! J’étais dans ma force, dans ce que je pouvais le mieux faire ! Pendue au cou de mon homme, agenouillée, soutenue, étendue, et voilà, quelques poussées et ma seconde fille était là…enfin presque. Sa tête était bien là. Mais, fidèle à ce que je connais d’elle maintenant, elle est restée quelques secondes ( peut-être quelques minutes) le corps encore bien au chaud. Comme si elle avait voulu prendre un instant pour décider si elle voulait vraiment visiter ce monde-là…Calme, les yeux ouverts, l’air curieux, elle observait…son papa. Ce fut un premier regard d’une infinie richesse. Dans le silence. Puis, une autre contraction et je la soulevais pour la mettre contre mon sein. Quelle rencontre, quelle dose d’amour. Ce qui m’étonne toujours maintenant, c’est de voir à quel point ma fille Rosa reste fidèle à ce qu’elle a été pendant sa naissance et comment, de toute sa personne, elle m’incite à l’ouverture…
Nous repartions donc, maintenant quatre. Et la vie qui passe.

 

 

Un an et demi plus tard, surprise ! Moi qui croyais avoir les bras pleins et être au maximum de mes capacités, une petite coquine poussait en moi ! Une fois le choc passé grâce aux réactions de joie de ma fille aînée, je me lançais dans cette nouvelle épopée avec un grand bonheur. Je reconsidérais mes choix, je faisais de la place pour ce nouveau bébé. Naturellement, j’ai voulu retourner voir ma sage-femme, malgré les quelques 130 km qui me séparaient de son lieu de pratique et la naissance prévue en hiver. Une grossesse somme toute facile, un bébé bien en forme, plein de vigueur ! Juste après noël, au milieu d’une nuit, j’ai senti une activité nouvelle dans le bas de mon ventre. Seul hic ; jour de congé pour ma sage-femme. Tant pis, je savais déjà qui allait être avec nous, « ça ira ! ». Je dois dire que cet accouchement a été le plus long des trois, ma cocotte ayant décidé de naître le nez en l’air, vers le ciel ! Un accouchement différent des autres, avec un rythme lent, des contractions espacées, décousues, douces…au fil du temps, en moi l’inquiétude de ne pas reconnaître mes précédents accouchements, la fatigue aussi. Et une sage-femme plus pressée. Moins certaine de comprendre ce qui se jouait, aussi. Ai-je volontairement bloqué la progression de la naissance en réaction à la présence d’une personne ne me convenant pas ? En qui j’avais peu confiance ? De qui je ne percevais pas assez d’empathie ? Parfois j’en suis presque certaine. Tout de même, avec l’arrivée d’une deuxième sage-femme que je connaissais et que j’aimais beaucoup, la présence continue d’une étudiante qui n’a jamais cessé d’appliquer de merveilleuses compresses chaudes sur mon périnée tout au long des 3 heures de cette poussée ( et toujours avec mon amoureux derrière moi), ma petite Lorie se pointait le bout du nez ! En l’air ! Quelle chaleur ! Quel soulagement ! Et quelle vitalité, aussi ! Je lui suis souvent reconnaissante d’avoir pu supporter un si long travail. Toujours son petit cœur qui battait, régulièrement. Reconnaissante aussi envers les sages-femmes présentes qui n’ont pas cherché à stimuler ce travail bien spécifique. C’est ainsi que j’ai pu vivre un troisième accouchement sans interventions, je le sais maintenant.

 

 

Me voilà maintenant, maman de 3 belles fillettes pleines de vitalité. J’atterris à peine de mes propres expériences. Je commence seulement, il me semble, à être une maman. Une maman de grandes filles. Et avec le temps qui se libère un peu, ma passion pour la naissance ne s’éloigne pas. Seulement j’y pense maintenant pour les autres. Je réfléchis sur les besoins des femmes, les contextes de naissance, l’impact de ce passage dans la construction de l’identité.

 

 

De mon premier accouchement, j’ai retiré l’importance de la patience et cette énergie de la naissance que j’adore. De mon deuxième, l’immense impact de la décision d’ouverture de la femme qui accouche. Et, toujours, de la patience. De mon troisième, l’influence des personnes présentes autour de la femme qui accouche, de sa confiance, de son sentiment de sécurité. Et de la patience.  Mes filles m’ont offert mes plus précieux outils d’accompagnante.

Le modèle de soin sage-femme québécois, qui assure un suivi continu aux familles, est un trésor à préserver. Les sages-femmes, par leur compréhension des besoins des femmes, changent le vécu de la naissance de milliers de familles chaque année. Restos vigileants, et soutenons-les  http://www.rsfq.qc.ca/

Une réflexion sur “MES ACCOUCHEMENTS; SOUTIEN À NOS SAGES-FEMMES

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