LE GRAND BESOIN DE RECUEILLEMENT DES DOULAS

Un vent nouveau semble souffler sur la pratique doula. Une fin de parenthèse, un changement de focus. Une fatigue de frénésie, une nécessité de recueillement.

Recueillement : Fait de se recueillir, de s’abstraire du monde extérieur pour se replier sur la vie intérieure. (Larousse)

Dans les derniers jours, 3 événements ont jalonné ma vie de doula et ont jeté un éclairage précis sur ce que je crois être un fait : les doulas (et les humains) ont besoin de recueillement. Ça urge.

D’abord, un vendredi, des signes de naissance imminente. Au milieu de ma vie souvent hyper-chargée. Une petite panique s’empare de moi, la crainte de causer des défis à mes enfants, de me retrouver coinçée par mes obligations. Avec les années, je vis de moins en moins facilement ces périodes de contractions de l’horaire. J’ai besoin d’espace, de lenteur, de douceur. J’ai très peur de la fatigue, après beaucoup d’années à vivre avec l’épuisement et un système nerveux sur-sollicité. Et ce n’était pas doux du tout, ce matin-là, pour moi, ce lot d’incertitudes et surtout de crainte de déséquilibre.

Un seul élan m’a alors habitée, difficile à cerner d’abord : l’envie de juste aller me coucher. Ou plutôt, ai-je compris plus tard, de me retirer du monde. De faire taire le bruit autour, de cesser de répondre à toute demande. Ce n’était pas tant un désir de dormir, de me coucher, mais plutôt de me cacher. Du monde. De l’agitation. De la sollicitation. Des interactions. Un besoin de repli stratégique, vers moi, en moi. Un besoin de recueillement, en somme, de m’abstraire du monde extérieur pour me replier sur ma vie intérieure.

Puis, des discussions entre doulas fatigué.e.s de chercher à se démarquer, désintéressées par la course effrénée vers la production de contenu à consommation rapide; dégoûté.e.s du junk food des médias sociaux, de la rapidité, de la compétition, des chocs d’égos apeurés, de la course à la démarque. J’ai entendu leur envie de vivre confortablement de leur travail sans devoir y laisser leur peau, et j’ai vu leur grande soif de FAIRE LEUR TRAVAIL : ACCOMPAGNER. Un besoin, encore une fois, de faire taire le bruit extérieur pour se centrer sur les vagues intérieures que la naissance amène. Et approfondir leur qualité de présence, leur focus. S’extraire du monde extérieur pour se replier sur la vie intérieure.

Puis, une nuit auprès d’une famille, dans un hôpital, au cœur d’une naissance aux mille couleurs : douce, joyeuse, remplie de fierté, de beaucoup, beaucoup d’amour, de moments de désespoir, de dissociation, de pleurs et de courage. Et là, j’ai intégré encore plus cette évidence : il est impossible d’accompagner la naissance, comme les autres grands passages, si nous sommes distrait.e.s ou dissipé.e.s. La naissance est exigeante : elle appelle la pleine attention. La pleine présence. Elle de fait pas de compromis, elle exige tout. Elle sait sa valeur fondamentale. Elle ne tolère pas les faux-fuyants, les masques ni la fuite. Elle veut tout, et elle prend tout.

Être là, vraiment, pendant ces heures, dans l’intensité que l’écoute de l’intuition demande, cela prend racine dans le silence.

Intérieur.

Dans la fin du brouhaha.

Dans l’absence d’écartèlement.

Dans un focus aiguisé de tous les sens.

Dans des gestes lents, le souffle profond, le corps sensible aux signaux des autres.

Dans l’entière disponibilité.

Et cela ne se peut que dans l’état de recueillement. Extrait.e du monde extérieur, tourné.e vers l’intérieur.

J’aime l’image du re-cueillement : les doulas ont besoin de re-ceuillir leur contours, leur rythme, leur cœur, leurs sentiments, les histoires qu’elles ont portées. Re-cueillir leurs croyances, leurs propres histoires et celles des générations précédentes. Cueillir avec délicatesse les images difficiles et les instants de détresse dont elles peuvent témoigner. Les enrober des histoires de puissance et de magie. Tout rassembler comme on emballe un paquet avec soin. Le (se) mettre en sécurité, et se reposer.

Cela demande du temps, de l’exploration, du silence, de la douceur. Cela demande de se recueillir. Les doulas ont grand besoin de recueillement. Avant, pendant et après les naissances.

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