EST-CE QUE JE VAIS DÉRANGER SI JE N’ACCEPTE PAS TOUT ?

‘Ok, alors tout n’est pas obligatoire ? Et si je refuse ce qui m’est proposé, est-ce que je vais déranger ? Est-ce que je serai écouté.e si je demande qu’on ne me parle pas trop ? Qu’on me laisse pousser librement? ’

‘ Est-ce que ta présence comme doula va créer des conflits autour de nous pendant la naissance ?’

Je sais, pour l’avoir vu et entendu des milliers de fois, que ces peurs sont fréquentes chez les parents qui songent à leur expérience de naissance à venir. Particulièrement chez les femmes et personnes enceintes.

Mais est-ce vraiment normal qu’iels craignent autant de déranger si des questions sont posées, si iels prennent du temps pour participer aux décisions qui les concerne, ainsi que leur bébé, intimement ? Est-ce vraiment normal qu’iels craignent de recevoir de moins bons soins, de créer des conflits, que les choses leur soient imposées (en-dehors d’une urgence vitale) ?

Oui, c’est normal. Définition de la normalité, Larousse : ‘État, caractère de ce qui est conforme à la norme, à ce qui est considéré comme l’état normal’

C’est conforme à la norme de ne pas vouloir créer de conflit. C’est normal car les parents sentent bien que lors de la naissance, leur besoin serait de pouvoir simplement se sentir assez en sécurité pour s’abandonner aux processus, entourés de personnes de confiance qui les comprennent et les soutiennent, leur faisant confiance. Pas de devoir se battre. On ne se bat pas quand on accouche, on accouche et c’est déjà assez.

C’est conforme à la norme car la socialisation (des filles et des femmes particulièrement, mais pas que) a depuis longtemps visé à faire grandir des personnes douces, gentilles, propres et polies, au service de l’autre. Qui acceptent, qui s’adaptent, parfois même à l’inacceptable, qui se contentent de miettes.

« Demandez ce dont vous avez besoin. Dites votre vérité. Ces choses ne sont pas un luxe, elles sont vitales. » – Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups.

C’est conforme à la norme pour certain.e.s  car plusieurs on grandit en développant des réactions au stress (utiles dans plusieurs moments de leur vie) qui les auront amenés à se taire, ou à se faire tout.e petit.e, pour ne pas envenimer la situation.

C’est conforme à la norme car d’autres auront plutôt appris que la lutte, l’agressivité était le meilleur chemin en situation de stress.

« Dire ce que l’on voit, ce que l’on sait, ce dont on a besoin, sans hurler ni chuchoter, c’est agir avec force et intégrité. » – Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups.

C’est conforme à la norme, mais EST-CE ACCEPTABLE ?

Est-ce acceptable de savoir, comme je le sais pour avoir côtoyer des milliers de familles, que plusieurs n’oseront pas s’affirmer, ou ne sauront pas comment le faire ? S’affirmer simplement dans leurs besoins physiques, dans leurs besoins émotifs parfaitement normaux ?

Est-ce acceptable de savoir que la peur d’être mal reçus, incompris, qu’on leur impose des choses ou de décevoir puisse les amener à se contenter de miettes, accepter des propositions qui n’auront peut-être pas de sens à leurs yeux, qui leur feront peur ou même qui pourraient réveiller des mémoires traumatiques ?

Est-ce acceptable que des parents engagés, curieux, responsables créent parfois une impression d’indocilité ou de sabotage ?

Est-ce acceptable, alors que les textes de toutes les instances de santé notent l’importance du processus de choix libres et éclairés dans le parcours des personnes qui fréquentent les milieux de soins ?

(voir l’objectif 1.2 Faire du choix éclairé la norme dans l’ensemble des soins et services du Plan d’action en périnatalité et petite enfance 2023-2028)

Le rôle des doulas :

  • Écouter ces peurs
  • Proposer des réflexions sur la légitimité des besoins des parents, en lien avec la physiologie de la naissance
  • Insister sur l’importance de la qualité de leur expérience globale, et sur leurs droits. (Droits et grossesse au Québec – Les principaux droits)
  • Permettre aux parents de réfléchir à leurs besoins, et de moyens d’y répondre
  • Leur proposer de petits pas : jouer à écouter ce qui se passe en eux. Jouer à mettre des mots là-dessus. Jouer à se nommer. Jouer à se détacher des réactions autour.
  • Favoriser le dialogue entre les parents et leur équipe de soins, en nommant des informations que les parents peuvent aller chercher
  • CONNAÎTRE L’HISTOIRE de la famille, les sensibilités et mécanismes de réaction au stress des parents, pour comprendre leurs attentes
  • Accompagner les parents à nommer clairement leurs besoins dans leur projet de naissance
  • Porter, simplement, leur parole auprès de l’équipe autour d’eux pendant la naissance
  • Être absolument convaincu.e que les parents sont intelligents, seuls experts de leur situation et les soutenir inconditionnellement dans leurs choix.

Il est grandement temps que l’absolue priorité de toute notre société soit de prendre soin de l’expérience globale des familles. De rendre à la naissance sa profondeur et son aspect absolument fondateur au niveau de l’identité de chaque membre de la famille. D’assumer les impacts de l’expérience des parents sur la naissance des familles, et donc sur la floraison des prochaines générations.

LES DOULAS FONT PARTIE DE LA SOLUTION.

#jamais sans ma doula

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